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Entretien avec Peter Todd, et quelques réflexions personnelles.

Après avoir interviewé des économistes (Jacques Attali etc.) et des capitaines d’industrie (Patrick Koller, PDG de Faurecia, Albert Asséraf, DG de JCDecaux etc.), débattu avec des philosophes et autres penseurs (Luc Ferry, Eric Sadin ou Aurélien Bellanger), après avoir étudié en profondeur les spécificités du mouvement politique En Marche, après avoir cherché à comprendre les technologies transformantes telles que la blockchain avec l’une des plus grandes spécialiste au monde, je continue ma quête visant à décrire les organisations du nouveau monde. Cette fois, je décide de m’intéresser au domaine de l’éducation. Etant diplômé d’HEC Paris et étant responsable d’un programme executive sur la transformation digitale à HEC, il m’est apparu naturel d’interviewer Peter Todd, son Directeur Général.

En guise d’appetizer, je fais réagir Peter Todd à un extrait de la Guerre des Intelligences, dernier livre de Laurent Alexandre : « À partir de 2035, l’éducation deviendra une “branche de la médecine”, utilisant les immenses ressources des neurosciences pour personnaliser d’abord la transmission et optimiser ensuite bioélectroniquement l’intelligence. » Et comme Coursera vient de lever 64 millions de dollars pour intégrer de l’IA dans sa plateforme, je ne suis demandé si Coursera finirait par racheter HEC… Réponse dans cet article.

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Peter Todd est le Directeur Général d’HEC Paris. Il est particulièrement bien placé pour anticiper les scénarios qui vont impacter le monde des écoles de management dans le futur. Deux facteurs joueront, selon lui, un rôle déterminant :

  • D’une part, l’évolution de la demande des contenus.
  • D’autre part, la transformation des méthodes et des outils d’enseignement.

Selon cet admirateur de Winston Churchill, les acteurs et les structures qui survivront aux transformations du futur seront ceux qui parviendront à combiner judicieusement ces deux éléments clés.

Évolution des contenus : plus de transversalité et d’approche systémique

L’un des grands changements, qui suit un trend établi de longue date, est celui de l’ouverture des formations aux grands enjeux transverses, tels que l’innovation entrepreneuriale, le développement durable ou la transformation digitale.

L’intégration de ces enjeux dans l’éducation fait appel à une approche plus systémique et pluridisciplinaire dans l’enseignement et dans la recherche. C’est un défi pour l’enseignement actuel.

Il y a des exemples intéressants de mise en œuvre de cette capacité à traiter de manière systémique les questions majeures qui traversent la société actuelle : l’Imperial College à Londres, et le Schwartzman College à Beijing. Le second exemple peut être comparé dans son esprit au modèle de la bourse Rhodes.

Le digital a un rôle important à jouer dans la diffusion de cet esprit transversal, en transformant la façon de traiter ce type de question. Les questions de technologie deviennent rapidement des questions managériales, d’organisation, de gouvernance… et des questions humaines.

Transformation des méthodes et des outils d’enseignement : l’impact du digital

Il est courant de surestimer les effets à court terme de la technologie, et d’en sous-estimer les effets durables. Selon Peter Todd, les fondamentaux de l’enseignement n’ont pas tant changé en 500 ans, et un bouleversement total dans les quinze prochaines années n’apparaît guère probable.

L’un des changements à anticiper touche cependant le métier d’enseignant. Selon Peter Todd, aujourd’hui, ce métier peut être comparé à une performance de théâtre interactif. Le digital conduit à faire du métier de l’enseignement une performance qui se rapprocherait davantage du cinéma. Dans cette perspective, le packaging et la conception des briques d’apprentissage acquièrent une importance croissante.

Quelle est la clé de la réussite pour les nouveaux acteurs des formations business ?

De nouveaux acteurs de la formation attaquent le marché de diverses manières :

Les acteurs classiques d’un nouveau genre

Les grands cabinets de conseil offrent désormais des formations business, en partie grâce au multiplicateur digital des nouvelles technologies, qui permet d’atteindre des niveaux de marge élevés. D’autres acteurs telle la Singularity University ont su attirer un public haut de gamme en combinant expertise et messianisme technologiques.

Les plateformes de formation

Le milieu du marché des écoles de management est quant à lui en train d’être absorbé par les offres low cost en ligne. L’acteur le plus connu de l’offre de formation en ligne est Coursera. Même si actuellement, les universités et écoles détiennent encore un monopole sur la délivrance de diplômes, des alliances ou autres fusions entre les plateformes et des acteurs traditionnels pourraient changer cette donne à l’avenir. D’autant que la tentation est grande pour les acteurs établis de l’éducation de devenir partenaires des plateformes afin de se moderniser. Coursera, qui vient de lever 64 millions de dollars pour développer l’intelligence artificielle de sa plateforme, est une entreprise ultra-focalisée sur l’expérience de ses utilisateurs. En leur proposant une killer app, elle se taille une part de marché suffisante pour peser dans l’écosystème vénérable de l’éducation supérieure et au-delà : annonceurs, professeurs, universités, etc.

L’élite des business schools

Face à cela l’élite des business schools (20-25 dans le monde) continue avec succès d’exploiter son modèle économique existant, dont le produit majeur reste le MBA. L’essentiel, selon Peter Todd, est de se montrer agile et d’expérimenter, c’est le point critique, plusieurs modèles, en cherchant la meilleure manière d’attirer les utilisateurs sur sa plateforme. C’est en créant une offre attractive que l’on peut espérer bâtir une plateforme dominante. La technologie joue le rôle d’une condition nécessaire mais non suffisante du succès.

Alors, HEC Paris va-t-elle se faire racheter par Coursera ?

Les atouts d’HEC dans cette compétition sont au nombre de deux :

  • Le focus entrepreneurial fort de cette école.
  • L’agilité, la flexibilité et l’autonomie de la gouvernance d’HEC.

Grâce, entre autres, à une équipe académique très innovante, assistée par une équipe experte dans le développement de contenus en ligne, HEC propose ainsi depuis peu un master 100% en ligne en innovation et entrepreneuriat : une offre conçue, décidée et mise en œuvre en moins d’un an — ce qui est exceptionnel.

HEC Paris n’est donc pas sur le point de se faire racheter par Coursera. En revanche, à l’instar d’Amazon qui noue des partenariats stratégiques avec Monoprix, Coursera, cherchera sans doute à établir des alliances avec des acteurs historiques. L’avenir nous dira lesquels…

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