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À quoi ressemblera l’Amérique en 2040? Dans America 3.0, James C. Bennett et Michael J. Lotus offrent une vision intéressante à la fois au niveau de son contenu, et au niveau de sa méthode d’élaboration.

La méthode d’analyse : technologie & anthropologie

L’idée de révolution industrielle apparaît dès la fin du dix-huitième siècle. Elle se diffuse sous une forme explicite à travers les travaux d’économistes comme Jérôme-Adolphe Blanqui, et surtout Friedrich Engels, le célèbre ami de Karl Marx. Elle marque un renouvellement du regard historique, devenu plus attentif au poids et aux bouleversements des facteurs technologiques. Le marxisme a popularisé l’idée d’un déterminisme technologique des institutions humaines, telles que le droit.

James C. Bennett et Michael J. Lotus, les auteurs de America 3.0 (2013), se gardent de faire de ce déterminisme technologique un facteur d’explication exclusif. Pour parvenir à leur esquisse de l’Amérique en 2040, ils orientent leur analyse à la fois à partir du facteur technologique et du facteur culturel : une démarche “interarmes” trop rare dans le paysage intellectuel pour ne pas être signalée. Les auteurs font le pari de la permanence de certaines structures anthropologiques par-delà les transformations technologiques. Leur regard sur les prochaines décennies est éclairé par un examen des précédents siècles (six chapitres sur neuf).

Détail remarquable : l’un des auteurs stratégiquement convoqués pour penser le fait anthropologique américain n’est autre que le Français Emmanuel Todd. En effet, les auteurs se retrouvent pleinement dans son analyse des structures familiales. Voilà donc qui devrait aussi intéresser ceux qui déplorent la pauvreté de la pensée française contemporaine.

Le résultat de l’analyse : Amérique 1.0, 2.0, 3.0

L’Amérique 1.0 est une Amérique décentralisée de fermiers indépendants. Le poids de l’État y est faible. Le travail salarié y est marginal.

L’Amérique 2.0 est l’Amérique des économies d’échelles, dont la dynamique est dominée par la centralisation politique et industrielle. Cette Amérique émerge au cours du dix-neuvième siècle, s’épanouit pleinement au vingtième siècle, et entrerait selon les auteurs aujourd’hui en crise.

L’Amérique 3.0 est le résultat de la sortie de cette crise : un retour à la décentralisation des débuts, appuyé sur les nouvelles technologies, mais aussi sur la réalité du type familial américain le plus prévalent : la famille nucléaire absolue.

Le raisonnement des auteurs se ramène essentiellement à ceci : 1) Les nouvelles technologies permettent de réduire les coûts de transaction, rendant plus efficientes les organisations locales par rapport aux grosses organisations centralisées pyramidales. 2) L’affinité pour le type familial nucléaire absolu guide l’exploitation effective de ce potentiel technologique.

Extrait de la vision des auteurs de l’Amérique en 2040 :

“De grandes entreprises existent toujours, et elles sont nombreuses à porter des noms bien connus issus de l’époque de l’Amérique 2.0. Très peu de ces entreprises maintiennent des effectifs à l’échelle anciennement en vigueur. Au lieu de cela, elles sont des agrégats de capital et de propriété intellectuelle, comprenant des brevets, des marques, et des compétences spécialisées. De nombreuses tâches sont réalisées sur la base de projets par des réseaux d’entrepreneurs et de consultants, à la façon de l’industrie du cinéma au cours des années 2010.”

La re-décentralisation 3.0 réduira à la marge le travail salarié. En cela, la vision des auteurs est semblable à celle d’Albert Meige. Leur méthode d’analyse “interarmes” fournit en même temps une piste pour surmonter les angoisses que suscite la disparition du salariat massif. La permanence a du bon, surtout quand la route du progrès devient difficile.

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