Qui est Bernard Favre ?

Bernard Favre a rejoint Renault Recherche en 1985 après 13 ans de recherche sur le bruit et les vibrations à l’Institut Français de Recherche sur les Transports (aujourd’hui IFSTTAR). Il a passé 30 ans à la direction de la recherche chez Renault, Renault Trucks et Volvo Group où il a occupé plusieurs postes en charge des programmes Advanced Technology & Research (incluant voitures à vivre, véhicules intelligents), Stratégie technologique et R&D, partenariats technologiques coopératifs et Directeur de la Recherche. Il a créé (2005) et développé le Pôle de Compétitivité LUTB Transport & Mobility (aujourd’hui CARA) visant à mettre en œuvre des solutions de transport urbain durable pour les personnes et le fret, dont il a géré le programme Transport Systems (2006-2014). Il est membre de plus de 10 réseaux experts, auteur de plus de 200 articles et conférences, auteur de Introduction to sustainable transport (Wiley Ed).

Il nous livre aujourd’hui sa perception du champ technologique très dynamique des interfaces homme-machine (HMI).

 

Premier point : un champ technologique qui évolue très vite

Ce qui change le plus vite est la capacité de la technologie à fournir des signaux de bonne qualité dans une partie grandissante du spectre des modalités humaines de perception ou d’expression : visuelle, auditive et haptique (tactile et kinesthésique), mais aussi dans des dimensions plus inédites, telles que la voix, les mouvements oculaires, les expressions émotionnelles ou les gestes de la main. Les gains de capacité dans la restitution de valeurs utilisables ou exécutées par l’homme permettent de concevoir de nouveaux systèmes d’interfaces.

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Deuxième point : la conception à partir de l’usage est impérative

Cependant il convient de bien orienter la conception de ces systèmes. Prendre pour point de départ les nouvelles possibilités technologiques serait une grave erreur : c’est au contraire la démarche user-centric, le couple {opérateur / environnement} qui doit orienter la conception des nouveaux systèmes. S’y refuser expose tout projet à ne pas passer la rampe du réel. 

 

Troisième point : opérateur et machine forment une équipe

Dans toute équipe, les différents membres doivent pouvoir se comprendre de manière réciproque. C’est-à-dire : être capable de s’expliquer les décisions contextuelles de leurs partenaires, et de comprendre ce qu’un partenaire propose dans un climat de confiance mutuelle. 

Ce point touche en particulier au rôle accru des systèmes d’intelligence artificielle basés sur des approches de type deep learning. Car, comme évoqué dans une fiche technologique publiée l’an passé sur open-organization.com, l’un des enjeux du deep learning réside dans la difficile maîtrise de l’étrangeté de ses résultats.

 

Quatrième point : les différents rôles des opérateurs humains

Les caractéristiques et les performances de l’opérateur humain sont d’une grande diversité, et leurs variations intra- et interindividuelles peuvent être très importantes . Elles dépendent de facteurs environnementaux et contextuels d’ordre systémique. Il faut parvenir à bien distinguer les différents rôles des opérateurs dans les systèmes HMI. Comment définir, qualifier, quantifier les statuts, missions, états de l’opérateur humain? En veille passive ? En intervention active? Sous stress physique ou cognitif …? Et comment structurer certains nouveaux rôles, initialement confinés à des domaines spécifiques, mais qui sont appelés à se généraliser : superviser, surveiller, intervenir : autant de notions essentielles pour parvenir à définir et à garantir la maîtrise humaine des opérations à bord d’un système.

Car, aussi bien sous le rapport de l’éthique que sous celui de la responsabilité légale qui continue d’être le pilier des cadres réglementaires, le premier impératif est la conservation de la maîtrise humaine du système. 

 

Cinquième point : l’humain est lui-même un système

Et ce système humain possède ses règles, son fonctionnement, sa diversité, ses paramètrages, ses non-linéarités. Autant d’aspects qui demeurent insuffisamment connus, et qui forment ensemble un domaine où des progrès dans la connaissance sont nécessaires.

Ce besoin de mieux connaître le système humain est souligné par l’introduction de nouveaux canaux d’interaction avec la machine exploitant les ondes cérébrales. Une fiche technologique sur le sujet des interfaces neurales a d’ailleurs été publiée l’an passé sur open-organization.com.

 

Sixième point : les aspects auxquels on pense moins, mais à tort

Le sujet des HMI ne s’arrête pas là. La conception de nouveaux systèmes doit aussi prendre en compte la question de la robustesse des solutions à l’usage, de la sécurité/sûreté, de l’homologation et de la maintenance, et les exigences de formation associée.

 

Conclusion : des systèmes humains d’abord

Chez Presans, on cultive l’impertinence. Certains savent que Bernard pratique la sculpture du métal… mais qui pouvait se douter que ce spécialiste de la mobilité avoue un faible pour les véhicules où l’électronique ne joue qu’un rôle réduit au minimum… afin d’en conserver la maîtrise de manière plus déterministe et robuste ?