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Des conditions favorables à l’invention
Du conflit éternel entre l’inventeur et l’innovateur
Et de la vertu des premiers marchés.

L’essor des vacances sur la plage

(Français) Histoire de la planche à voileC’est vers les années 1820 que la duchesse de Berry, belle fille de Charles X, inspirée par la cour Anglaise, lança en France la mode des bains de mer. Comme tous les changements de mode de vie, ce n’est que lentement que le mouvement pris de l’ampleur en gagnant graduellement le reste de la pyramide sociale, générations par générations et classes par classes. A la belle époque la bourgeoisie a investi les rivages. Villas et casinos se construisent. De petits ports de pêche comme Deauville, Biarritz ou Montreux, deviennent de villes balnéaires. En 1900, le réseau ferroviaire est maintenant très développé, c’est donc en train que se font les première transhumances estivales. En France, c’est une génération plus tard, avec le Front Popu, que viennent les premiers signes de démocratisation. Quelques prolos arrivent jusqu’à la plage en tandem ou en side-car. Mais finalement ça n’est qu’après que le monde se soit remis des tourments de la dernière grande guerre, avec la grande reprise économique des années 50-60, que la plage est devenu la destination première d’un tourisme de masse. J’en étais à cette époque.

Tout compte fait, la plage quel ennui ! En effet, comme tous les ados de ma génération, j’ai beaucoup traîné sur la plage, une sorte de devoir de vacance incontournable. Dans le fond, sans vouloir le dire ouvertement, je m’y ennuyais souvent. Le sable et le soleil rendent la lecture inconfortable, la foule empêche que l’on courre après un ballon, l’eau du bain finit par être froide et celle de la bouteille finit par être tiède. Sans parler des mioches et des transistors… Heureusement il y avait eu Bikini, une des rares bombes atomiques qui ait eu des retombées positives.

Des conditions propices à l’invention

Ainsi, dans les années 60, la majorité des populations des pays développés était atteintes de plagisme récurrent. Les plus acharnés étaient et restent les Européens, grands amateurs de congé payé. Des foules de jeunes et de moins jeunes se retrouvaient sur la plage avec, en arrière plan, un besoin d’action insatisfait. Le marché était là. Beaucoup de produits ont été proposés aux foules des bords de l’eau en guise de « jeux de plage ». Si la pelle et le petit seau ont satisfait les minots, les ados voire leurs parents restaient un peu sur leur faim avec les jokaris, badminton et autres cerfs volants probablement parce que toutes ces options restaient confinées à cette bande de sable étroite et surpeuplée.

Il y avait bien le surf. L’ouverture vers le large, la glisse grisante en font une option gagnante. Au spectacle des quelques héroïques précurseurs exhibant leurs prouesses les néophytes faisaient face avec stoïcisme aux difficultés de l’apprentissage. Toutefois, quelque soit la détermination des candidats, pour surfer il faut des vagues, de bonnes vagues. Et de fait, là où il y a régulièrement assez de vagues, le surf est devenu et reste une activité d’élection. Mais le surf restera un marché de niche car les bons « spots » sont rares et la météo reste capricieuse. Donc, dans ces années 60, en dehors de quelques chanceux à Hawaii, Malibu ou Biarritz, le gros de la troupe des estivants restaient donc sur le sable, dans l’attente d’une bonne idée.

Un marché en attente d’une offre, voilà une situation qui rend les inventions en parallèle très probables[1] : un besoin confusément ressenti par des millions de gens occupés à ne pas faire grand chose et, parmi eux, la petite proportion habituelle d’individus curieux et inventifs, l’esprit en vacances et prêts à ruminer toutes idées de passage. Tout ce qui peut être inventé va l’être, c’est inéluctable et plutôt deux fois qu’une. On rencontre ce mécanisme d’avalanche inventive dans bien d’autres contextes. Il est de fait que la planche à voile fut inventée indépendamment au moins trois fois, en trois lieux différents et ceci dans une période de quelques années. Voici l’histoire, du moins ce qu’on en sait.

Les jeux inventifs d’un moussaillon Anglais

Le premier inventeur à entrer en scène fut Peter Chilvers, un gamin anglais de 12 ans. C’est la fin des années 50 et Peter passe régulièrement ses vacances du coté de Hayling Island près de Portsmouth. C’est là un des hauts lieux de la marine Britannique, et le très jeune Peter fait honneur à son sang. Il pratique le dériveur depuis fort longtemps déjà ; il s’est aussi construit diverses embarcations en contreplaqué. En 58, Peter cherche à renouveler l’intérêt du jeu. Il lui vint l’idée de faire une barque, disons plutôt un ponton, où il se tiendrait debout et maîtriserait sa voile avec ses bras. Il avait en tête une sorte de corps à corps ludique avec le vent. Il bricole un joint universel à la basse du mat et un wishbone en teck, sorte de bôme remontée à la hauteur des bras. Il avait prévu un safran manœuvré avec le pied, il découvrira à l’usage qu’il peut même s’en passer. En effet au fil de son apprentissage il parvient à ajuster son cap rien qu’en en jouant avec la position de la voile et de son corps soit vers l’avant de l’esquif (pour abattre), soit vers l’arrière (pour remonter au vent). Peter apprend ainsi les fondements de la manœuvre de ce qui sera un jour la planche à voile. Il réussi à prendre de la vitesse en compensant de tout son poids la force du vent, il sera pour quelques années la seule personne (connue) au monde à avoir tiré quelques bords pendue à un wishbone. Au début des années 60, les souvenirs de cet évènement se dissipe doucement dans la mémoire de quelques rares témoins, le matériel de Peter pourrit dans un coin alors qu’il part vers de nouvelles aventures, il va à l’université puis il entre chez Lotus (les voitures de sport) où il s’occupera de matériaux composites. L’invention du jeune Chilvers n’eut d’autres conséquences que le plaisir du jeu. Ni lui, ni son entourage n’en ont perçu le potentiel commercial, l’idée de faire un brevet n’a effleuré personne. C’était à peine une invention, car on a manqué d’y voir une valeur potentielle.

L’idée refait surface en Pennsylvanie

Chronologiquement, le second inventeur fut Newman Darby, un jeune homme du Maryland qui passait ses vacances au bord d’un lac de Pennsylvanie. Il a fait des études d’Art Graphique, il est peintre d’enseigne comme son père. Newman était un inventeur compulsif. Sa passion c’était les bateaux. A 25 ans il invente le « Darby Dory », un bateau pliant à rame. Pendant 5 ans il va chercher autour du thème de la voile tenue par la force des bras. Il a rapidement pris conscience qu’on pouvait diriger son esquif sans gouvernail, juste en basculant la voile vers l’avant ou l’arrière. Sa petite amie, Naomie se joint à l’effort de recherche. Newman finit par l’épouser en 1964, il a alors 36 ans. C’est précisément cette même année que navigue leur version de la planche à voile. Les éléments essentiels de la planche d’aujourd’hui sont présents : un flotteur sur lequel on tient debout, une dérive centrale, pas de gouvernail, une voile tenue avec la force des bras et plantée dans le flotteur via un joint universel. Mais leur proposition a deux points faibles, d’une part le flotteur (sorte de rectangle hideux) et d’autre part la voile en losange. Certes, l’équipe de Darby affirme avoir eu dans ses cartons une voile triangulaire dite des Bermudes comme celle qui anime les planches d’aujourd’hui. Mais le produit qu’ils vont proposer au marché fait le choix d’une voile symétrique en losange, sorte de cerf-volant planté par la pointe au beau milieu de la planche. La première voile prototype a été cousue par Naomie elle même. L’objet est loin d’être parfait mais il navigue au grand plaisir des époux-inventeurs et de leurs amis.

(Français) Histoire de la planche à voile

Image frontale de la brochure commerciale de Darby Industry

Dès 1965, Ken Darby, le frère, rejoint le club des enthousiastes. Il quitte son travail et le trio fonde la Darby Industry Inc. Ken est le manager, Newman l’ingénieur et Naomie s’occupe des ventes et de la promotion. Une réunion solennelle réuni le personnel de la jeune pousse, il faut trouver un nom à ce nouvel l’objet, on décide pour le « Sailboard ». Durant l’été 65 une démonstration est faite devant la presse et un article de 4 pages est effectivement publié dans « Popular Sciences ». Popular Sciences est une revue très diffusée aux USA. Elle combine vulgarisation et sensationnalisme autour des progrès techniques. Elle a aussi des rubriques de bricolage, genre « do-it-yourself ». C’est la revue de chevet de ceux qu’on appelle aux USA les « garage inventors ». Newmann Darby est apparemment très fier d’être dans « Popular Sciences ». La jeune compagnie se lance à fond, les Darby’s investissent dans un atelier de fabrication, ils commencent à former des commerciaux et préparent, disent-il, un brevet[2]. Le formation des futurs vendeurs ne devait pas être une mince affaire, il faut apprendre à tenir sur la planche et ca ne devait pas être facile. En effet c’est un pêché originel du projet d’innovation de Darby Industry de ne pas s’appuyer sur un domaine sportif voisin. La barrière à franchir pour les premiers clients de Darby était considérable.

Pour exorciser cette menace, Darby Industry tente de communiquer une vision idyllique du sport avec la photo publicitaire qu’ils mettent en avant dans leur brochure. On y voit une jeune femme navigant en proue avec son cerf-volant dans le dos. De fait, au moins dans cette posture, il devait être devait être difficile de survivre une risée. Début 65, la Darby Industry lance le Sailboard sur le marché. L’aventure industrielle fait vite long feu. Les revenus commerciaux ne viennent pas assez vite au regard des investissements. Dés la fin de la saison estivale 65, l’argent vient à manquer, les clients sont rares, pire un feu détruit une partie de l’atelier. Faute d’argent le projet de brevet est abandonné[3], il coûte trop cher. En Septembre 65, l’espoir de faire des ventes s’amenuise avec l’hiver qui s’approche. Darby Industry Inc., ayant besoin d’argent frais, décide de vendre son invention sous forme de plan-patron par l’intermédiaire de petites annonces dans « Popular Sciences ». Quelques articles dans la presse pour hobbyistes suivent, quelques fabricants locaux de bateaux montrent un intérêt très circonspect. En Août 66, une autre saison est passée et le bilan est désastreux. L’entreprise a construit 160 planches et perd un peu plus d’argent chaque fois qu’elle en vend une. Ken Darby met fin au Sailboard et la compagnie se réfugient dans la fabrication de barques, bassins et baignoires en résine. Fin (temporaire) de l’affaire. Il y a eu invention, et le projet a capoté à la fin de sa phase d’innovation, au moment de sa confrontation avec le marché. Il y a eu deux faiblesses dans la démarche, l’ingénierie du produit était assez pauvre et la stratégie commerciale centrée sur les bricoleurs de la côte Est était complètement à côté du sujet.

Les amis Californiens et la Malibu à voile

La courte aventure des Darby est restée très confidentielle, confinée au cercle étroit des Géo Trouve-Tout et autres marins d’eau douce de la côte Est. La saga du Sailboard n’est pas connue ni en Californie, ni en Europe. A coup sûr, aucun membre du groupe des Beach Boys, ancêtre des boys-bands, dont la légende commence précisément dans les années 60, n’avait entendu parler du Sailboard. C’est quelque part du côté de Santa Monica qu’une nouvelle paire d’inventeurs fait son entrée en scène. Jim Drake est un brillant ingénieur aéronautique formé à Stanford. Hoyle Schweitzer est un jeune businessman qui vient de monter une start-up d’informatique (déjà !). Les deux sont Californiens de naissance, ils sont voisins dans la banlieue Nord Ouest de Los Angeles, leurs femmes sont amies, ils vont souvent ensemble en famille à la plage. Ils ont l’un est l’autre une bonne trentaine, ils représentent l’archétype du succès pour la côte Ouest des années 60. Ce duo est intéressant car chacun y personnifie un des personnages type de la comédie de l’innovation : l’inventeur et l’innovateur. Comme tous les gens de la côte Ouest, ils pratiquent avec femmes et enfants toutes sortes de sport de plein air. Jim est un spécialiste de la voile, Hoyle est un surfeur aguerri.

(Français) Histoire de la planche à voile

Jim Drake – l’inventeur (gauche) et Hoyle Schweitzer – l’innovateur (droite)

En 1962, Jim a déjà évoqué l’idée de créer un sport de glisse combinant l’eau et le vent. C’était à l’occasion d’une conversation d’après boire avec un collègue. Il a un peu ruminé l’idée mais sans trop la pousser, son travail a la priorité. L’idée rebondit quand il en reparle avec Hoyle. Hoyle est d’un naturel enthousiaste, il est aussi fan de surf ; quand Jim lui parle de sa vieille idée, il adore le concept. Les compères décident d’essayer de greffer cette idée sur une « Malibu », nom usuel des longboards de surf des années 60, les premières à être faites en mousse de polymère. Jim, poussé par Hoyle reprend sa réflexion, il bricole dans son garage, lieu mythique de la créativité et de l’esprit d’entreprise, surtout en Californie[4] !

 

Jim est un excellent ingénieur, il théorise son approche inventive. En raisonnant sur la question d’une manœuvre sans gouvernail il élabore par déduction le principe du basculement avant arrière de la voile. Donc, après bien des méditations, Jim calcule les éléments et trace les plans. Il fait assembler la voile par un professionnel. Il lamine lui même un wishbone cintré à partir de lattes de pin. Il n’est pas encore très sûr au sujet du meilleur design pour l’articulation à la base de la voile. Dans une démarche de recherche méthodique, il prépare deux versions, un joint universel et une articulation simple permettant la rotation avant arrière du mat mais rigide latéralement. Quand Jim embarque la planche dans sa voiture pour le premier essai, elle est pratiquement conforme aux modèles d’aujourd’hui. Ce matin là, Jim avait oublié la dérive dans son garage. C’est sans elle que Jim fera les premiers essais, le 15 Mai 1967 à Marina del Rey. Dès qu’il a mis à l’eau la première version avec un axe semi-rigide, notre ingénieur comprend que le joint universel est la bonne solution. Il échange sur le champ l’articulation à la base du mat. Il est maintenant prêt, il veut se lancer mais à cet instant il doit faire face à une vérité incontournable : même les meilleurs ingénieurs ne peuvent penser à tout ! Debout sur la planche, il n’arrive pas à attraper la voile pour la remonter à la verticale. Heureusement il y a déjà du monde sur la plage, il se fait aider par un copain qui s’immerge et lui tend la voile. Jim prend un peu le vent, tombe beaucoup ; la planche est assez instable sans la dérive, mais ce premier test n’est pas entièrement décevant.. Sur la route du retour après cette matinée épuisante, Jim rumine au volant et finalement trouve l’idée qui lui manque, le bout (de corde) qui deviendra le « uphaul » ou tire-veille lequel permet de redresser la voile sans peine. Les essais suivants sont moins pénibles. Bon an mal an, Jim Drake fait donc ses premiers pas sur l’eau, il est le premier à connaître la galère de l’auto-apprentissage de la voile sur un longboard, une embarcation moins stable que les quasis pontons de Peter Chilvers et Newman Darby. Son ami Hoyle rejoint très vite les essais, il est plus agile et plus athlétique que Jim et surtout c’est un surfeur d’expérience qui a déjà tous les bons équilibres. Il apprendra avec facilité et deviendra très vite un champion. C’est lui qui va concevoir les figures essentielles, en particulier les manœuvres de virement de bord.

Le projet commence à changer de main

L’enthousiasme de Hoyle va grandissant. Il voit très clairement le potentiel commercial de ce nouveau produit. Jim est très content de ce qui arrive, mais lui-même ne voit plus très bien quoi faire maintenant. En tout cas il a du mal à positionner cette invention dans son propre avenir. Quoiqu’il en soit, le petit cercle des amis autour de Jim et Hoyle fêtent joyeusement la naissance de l’invention. Ils cherchent un nom de baptême, pensent à utiliser « Skate », un mot qui suggère l’effet de glisse que procure l’engin, mais ils apprennent que ce nom est déjà enregistré en tant que « trademark » pour un dériveur. Un copain en vacance sur la plage leur donne l’idée de « Windsurf ». Ce nouveau nom fait l’unanimité et il a le mérite de souligner d’entrée la filiation entre la planche à voile et le surf. Jim et Hoyle commencent à préparer les bases d’un lancement commercial de leur enfant. Hoyle s’occupe de fonder une compagnie dont le nom sera Windsurfing International.

(Français) Histoire de la planche à voile

Figure principale du brevet US3487800 par Jim Drake et Hoyle Schweitzer. Ce dessin est fait de la main même de Jim.

Vient alors la première fausse note, Hoyle met la compagnie à son seul nom sans le dire à Jim. Pourtant la compagnie est domiciliée chez Jim. Ce petit détail sera un de ceux qui feront partir la poudre plus tard. Il est possible que Jim ai eu accès à l’information, et que, comme beaucoup d’inventeurs, un peu absent il ne s’en soit pas souvenu. Mais il est aussi possible que Hoyle, en bon businessman, ai géré ses intérêts personnels en priorité. Il est de fait qu’en moyenne les profils psychologiques des « innovateurs » et des « inventeurs » sont décalés. Dans le conflit récurrent qui oppose ces deux personnages, c’est quasiment toujours l’innovateur qui filoute l’autre. En contrepartie c’est l’inventeur qui trop souvent confond rêve et réalité. Mais au moins dans le Santa Monica des années 60, les deux (encore) amis pensent aussi à breveter. Jim rassemble les éléments techniques et fait peaufiner la demande par un agent de brevet. L’enthousiasme du moment les conduira à faire une petite faute d’orgueil dans la rédaction du brevet. On verra plus tard les conséquences de cette faille. Le projet de brevet sera déposé en Mars 68 au nom des deux auteurs Jim Drake et Hoyle Schweitzer. En fait, le vrai point faible de ce dépôt, c’est que le brevet a été rédigé sans connaissance de l’art antérieur. A la décharge de Jim et Hoyle, pas plus qu’eux l’examinateur de l’USPTO ne découvrira l’existence d’un art antérieur : il n’y a rien d’écrit sur les jeux de Peter Chilvers et les souvenirs des essais de Darby sont bien cachés dans une littérature mal répertoriée. Le brevet sera donc accordé par l’USPTO début 1970[5]. Voilà bien une des rares fois où je n’ai pas envie de jeter la pierre à l’USPTO cette administration des brevets par trop souvent laxiste.

Fâcherie entre Jim, l’inventeur et Hoyle l’innovateur

C’est à l’entrée de la phase lourde de l’innovation, quand on doit prendre à bras le corps les problèmes de production et de commercialisation, que Hoyle perd sa petite entreprise d’ordinateurs. Les débuts de toute grande industrie sont toujours très turbulents et dans les années 60-70 la jeune informatique connaît beaucoup de naissances prématurées et de mortalité parmi ses start-up’s. Mais en Californie voir couler sa boîte ça n’est pas un drame, on efface tout et on recommence avec un peu plus de chance puisqu’avec un peu plus d’expérience. Hoyle devient donc disponible et se lance à fond dans Windsurfing International. Il commence la fabrication des premiers exemplaires de planche dans… devinez où,…son garage ! En effet le garage n’est pas tant l’endroit où naissent les inventions que le lieu idéal pour la première phase de croissance du projet d’innovation, période très critique, celle où les risques sont encore très grands et où le poids d’un loyer ou le fil à la patte d’un bail peuvent à eux seuls rendre non-viable un embryon d’entreprise. Qui plus est, dans son garage on peut travailler 16 heures par jour sans perdre de temps. On peut aussi appeler facilement sa femme, sa famille, les copains, voire les voisins à la rescousse. De fait, Diane, épouse de Hoyle, s’implique elle aussi à fond dans Windsurfing Int. Les premiers acheteurs de planches à voile sont les surfeurs des plages du coin. On est en plein dans la période hippie, les surfeurs forment une communauté qui vit littéralement sur les plages, elle constitue un réseau très interconnecté, les modes se propagent vite de plage à plage. C’est le bon point d’entrée pour ce marché. A la différence de Darby Industry, les compères de Windsurfing International ont mis dans le mille en s’appuyant sur la communauté des surfeurs californiens pour le lancement de ce nouveau produit. Un surfeur n’a pas trop de difficulté à se mettre à la planche à voile. D’autre part il est très disponible car il y a bien des jours où il n’y a pas beaucoup de vagues. Donc tout ce petit monde en bermuda s’approprie l’idée avec enthousiasme, ajoute des améliorations, invente de nouvelles manœuvres. Hoyle se multiplie, il fait des démonstrations, organise très vite des compétitions entre les premiers fans. Il met aussi en place les premiers éléments de la production. Les accessoires, au moins ceux qui sont en teck, seront fait à Taiwan, mais Hoyle garde en Californie la fabrication de la planche elle même. En effet à la fin des années 60 la production des planches de surf restait un artisanat. Les planches sont « signées » ! Hoyle lui aussi commence en artisan, il moule des planches de type Baja. Très vite il va s’associer avec Elmer Good, un industriel fabricant de containers en mousse (pour envelopper des missiles !). Le compagnie Good & Hammond développera en collaboration avec Windsurfing International une technique, sorte de moulage centrifuge, qui rendra la production des planches plus industrielle. Hoyle et Diane organisent le flux de production, l’assemblage final se fait toujours dans le garage des Schweitzer. Pendant ce temps Jim est de plus en plus absorbé par son « vrai » boulot. Il est parti travailler à Washington DC. Comme il le dit avec un humour désenchanté, il est allé « défendre la démocratie » en participant à la mise en place du parapluie balistique. Du coup il ne contribue pas à la construction de l’entreprise, pire, il s’en sentira bientôt exclu. La disparité des efforts irrite les Schweitzer qui se démènent au service de la société. Hoyle commence à faire pression sur Jim pour qu’il lui cède sa part du brevet. Jim découvre à l’occasion que l’entreprise n’est même pas à son nom. La tension ira grandissante pendant deux ans. On ne sait pas quels coups bas ont été portés pendant cette période. Ce que l’on sait seulement c’est que Jim a finit par vendre entièrement sa part à Hoyle, que les ex-amis se sont fâchés sans retour et que, trente ans plus tard aucun des deux ne peut parler de cette affaire sans laisser apparaître un mélange complexe d’embarras et d’émotion.

Le prix de l’invention contre le bénéfice de l’innovation

Donc de guerre lasse, en 1972, Jim vend à Hoyle sa part du brevet. C’est pratiquement le seul actif, intangible mais néanmoins précieux, de Windsurf International. La session se fera pour 36000 $ cash. C’est 4 à 5 ans du revenu moyen d’un Américain de l’époque, disons, à peu près, un an du salaire de Jim. C’est beaucoup pour quelques week-ends ludiques passés à bricoler dans son garage mais c’est peu au regard du volume de business qui, peut-être, va décoller. L’appréciation de la valeur financière d’une invention varie énormément suivant le point de vue, ce différentiel est le fondement même du conflit latent entre l’inventeur et l’innovateur. Ce conflit est inscrit dans la logique du destin tout autant que le conflit père/fils[6]. Prenons un peu de recul, un an de salaire, je trouve le prix payé à Jim assez raisonnable, disons que c’est un compromis honorable. Certes Hoyle a plus tard accumulé des sommes bien plus grandes, mais il y a mis son temps, son énergie, et son sens des affaires. A l’opposé Jim ne voulait ou ne pouvait pas s’impliquer dans la phase industrielle de l’innovation. Il a reçu le prix de son invention, payé net, avant même que l’on sache si Windsurfing International pouvait vraiment devenir un vrai succès. Certes Jim garde l’impression d’avoir été floué car il a appris plus tard que Hoyle, au moment même de son offre de rachat, avait déjà pratiquement en poche un très gros contrat de licence avec un partenaire Hollandais. Qui de Jim ou de Hoyle avait raison ? Qui défendriez-vous, l’inventeur floué, ou le businessman encombré par l’ego de son ingénieur ? Votre opinion nous dira si vous êtes plutôt un inventeur ou un innovateur. En fait, il n’y a pas de bonne réponse à cette question parce que c’est la question elle même qui est mauvaise. Jim et Hoyle ont eu tous les deux tort d’en être arrivé à la crise. Il fallait parler de tout cela bien avant. Le succès de l’aventure qu’est l’innovation réclame une collaboration harmonieuse entre les deux talents et un passage de témoin sans heurt entre inventeur et innovateur. En arriver au conflit est une faute pour quiconque a la responsabilité dans la conduite du projet d’innovation. Il est clair que dans les cas ou il existe un troisième pouvoir, par exemple le patron de la branche dans un groupe ou le représentant du capital-risque dans une start-up, le conflit doit rester sous contrôle. Les cas qui sentent d’emblée la poudre sont les projets où innovateur et inventeur sont seuls propriétaires, et pour lesquels l’alliance s’est scellée dans l’enthousiasme des débuts sans vraiment prendre la mesure des difficultés du parcours à venir.

Windsurf International prend le large, quelques craquements dans la cale.

Les beach boys de Californie ont représenté le marché de démarrage idéal. Ils ont assuré le premier succès commercial, ils ont permis un test en vrai grandeur du produit. La réponse de ce premier marché a donné l’occasion de mettre au point les derniers détails techniques[7], voire même de peaufiner certains aspects commerciaux comme les canaux de distribution ou le prix adéquat du produit. Mais le vrai marché de volume viendra d’Europe, l’endroit du monde où il y a à la fois peu de vagues propices au surf et grande foule sur les plages. Les premiers ont été les nordiques. C’est un fait qu’en Europe du Nord on préfère très nettement l’exercice physique à la sieste. C’est vers la Suède qu’est parti le premier container de 40 planches de Winsurfing International. Bien d’autres suivrons vers la Hollande, l’Allemagne, puis tous le reste de l’Europe.

Dans le contexte d’une innovation de la nature du Windsurfing, un brevet est fondamental. Il n’y a pas de difficultés techniques sérieuses à fabriquer une planche a voile. Il n’y pas vraiment de barrière technologique. N’importe quel chantier naval de plaisance, qu’il soit à Malmö ou à Saint-Gilles-Croix de Vie, pouvait rassembler rapidement les moyens de production et tenter de prendre un part de ce nouveau marché en pleine croissance. Hoyle avait très bien compris ce point. Il a bien sûr demandé l’extension internationale du fameux brevet (on verra plus tard que cela n’a pas été sans peine). Contractuellement il transformait tous ses partenaires à l’étranger en licenciés qui profitaient de l’exclusivité mais aussi contribuaient à la surveillance et la détection d’éventuels contrefacteurs. Hoyle avait toujours un avocat sous la main pour défendre ses droits[8]. A cause de la prépondérance des Européens dans ce marché, ceux ci ont rapidement réclamé la possibilité de fabriquer en Europe. Widsurfing International a alors octroyé quelques licences de fabrication, mais gare a celui qui ne payait pas ses royalties.

Défendre une position de pur collecteur de royalties est difficile. Les licenciés payent de plus en plus à contrecœur surtout quand l’attrait de la nouveauté s’estompe. Cette « taxe » dérivée de la propriété intellectuelle est rapidement perçue comme injuste et les licenciés deviennent très vite des partenaires déloyaux prêts à tout pour colmater cette fuite dans leurs comptes de résultat. Pour garder une légitimité à des royalties, il est très sage d’offrir un service en parallèle et ce pendant toute la durée de la licence. Ce service peut être un accès à un effort de recherche (améliorations du produit, élargissement du marché), une position dans un lobby de standardisation, une image de marque ou tout autre service qui légitime tant soit peu la captation d’une partie des revenus des licenciés. C’est une condition quasi-nécessaire (mais parfois non suffisante) pour que les licenciés restent des payeurs loyaux et fidèles. Dans le cas de Hoyle le service qu’il offrait combinait la promotion du sport et la protection de l’exclusivité. Pour l’exclusivité il avait ses avocats. Pour la promotion il a fait montre d’une activité infatigable en organisant des compétitions internationales, en créant des héros emblématiques (Robby Naish) et en contribuant à la mise en place de fédérations nationales. Le fait est que la pratique du Windsurfing est montée en puissance très vite. En une décade elle a gagné toute L’Europe. Dans le début des années 80 tout le monde sur les plages s’escrimait à tenir sur une planche à voile. Une voiture sur deux dans les embouteillages vers la mer avait des planches sur le toit. C’était devenu un fait de société et un grand succès pour Winsurfing International ; ceci certes grâce à l’adéquation entre le produit et les besoins du marché, mais aussi grâce à l’infatigable activité promotionnelle de Hoyle Schweitzer.

Pourtant on commence à percevoir quelques fausses notes. Tout le business model de Hoyle Schweitzer est fondé sur la propriété intellectuelle. Il construit sur du sable puisqu’un brevet ne dure que 20 ans et qu’il n’a pratiquement pas de recherche pour renouveler sa propriété intellectuelle. Il maîtrise de moins en moins la partie production. Ceci le positionne vis à vis de ses interlocuteurs comme un homme qui n’est là que pour une fortune rapide (« a fast buck maker » comme on dirait en Californie). Hoyle a aussi tendance à inclure en vrac, la planche, le sport et les sportifs dans son domaine de propriété. Il a fondé un magazine, Windsurfing, et il essaye par tous les moyens de garder l’exclusivité de la communication dans « son » domaine. Les journalistes détestent cette attitude. Un magazine Allemand, Surf, commence à cultiver le terrain conflictuel entre Jim et Hoyle. Jim est glorifié comme le vrai inventeur et Hoyle devient l’infâme profiteur. En 1976 l’histoire de Darby fait finalement surface. Newman commence à réaliser tout ce qu’il a raté (du fait de sa propre maladresse) et il essaye de regagner à l’occasion un peu de notoriété. Il clame dans les médias que c’est lui le premier inventeur. Peter Chilvers découvre lui aussi avec surprise les premières planches à voile sur les côtes Anglaises. Il ne manque pas d’en parler dans la presse et il ne faudra pas longtemps pour que cette information soit captée par les fabricants de planche européens, ceux qui n’ont pas de licence comme ceux qui l’on et la trouvent trop chère. Néanmoins, Windsurfing International continue à avancer, le sport gagne chaque jour du terrain, les planche se vendent très bien, les royalties rentrent, mais ils augmentent en nombre et en qualité ceux qui souhaiteraient voir le tiroir-caisse de Hoyle Schweitzer fermé pour de bon.

Le gros couac des jeux olympiques et irruption de la géopolitique

Un des couacs les plus significatifs qui annonce le déclin de Winsurfing International viendra très exactement à l’occasion de ce qui aurait du être son triomphe. La planche à voile devient discipline olympique pour les jeux de 1984 (les femmes devront attendre Barcelone en 92). Le comité olympique a accepté d’introniser ce sport pourtant très nouveau à cause de sa croissance spectaculaire et de sa popularité remarquable. Hoyle Schweitzer n’est pas étranger à ce succès. Il était le chef d’orchestre du lobby et c’est lui qui a le plus contribué à l’établissement des bases préalables comme les compétitions et les structures fédérales. Ce devait donc être le jour de gloire pour Hoyle. Qui plus est, les jeux ont lieu à Los Angeles, le territoire même de Windsurfing International. Mais Hoyle a poussé le bouchon trop loin. Il veut utiliser le comité olympique pour consolider sa position d’exclusivité sur le sport. Il essaie de faire passer en force un règlement qui exclurait tout concurrent navigant sur une planche qui ne serait pas estampillée Windsurf International. C’est qu’en fait il y a des pays où le brevet US3487800, n’a pas été étendu, d’autres ou l’extension du brevet est enlisée dans une procédure, d’autres où le même brevet est contesté, d’autres enfin où des « contrefacteurs » sont en cours de procès avec Hoyle. En 1984, le mythe des jeux olympiques amateurs et non mercantiles ne s’était pas encore complètement dissous dans les anabolisants et le Cola. Le coup de force tenté par Hoyle déclenche une bronca. Les journalistes lynchent Hoyle, les politiques en font une affaire d’état. Sous l’orage le comité olympique bricole une solution sans risque qui finalement écarte un peu Windsurf international. Juste avant la cérémonie d’ouverture des jeux de Los Angeles, les Schweitzer ont organisé dans une marina voisine une grande réception pour rassembler autour d’eux tout le petit monde de la planche à voile. L’événement tourne mal, c’est un grand flop médiatique, la soirée est littéralement boycottée. L’homme des royalties devient soudainement peu fréquentable.

La conséquence principale de cet incident est que le conflit entre Windsurfing International et certains industriels est passé au niveau politique. La ponction financière des royalties devient un enjeu qui oppose les USA et le reste du monde, dans ce cas précis essentiellement les Européens.

Haro juridique sur Windsurfing International

Le premier pays à faire un gros trou dans la ligne de défense juridique de Windsurfing est l’Angleterre. Le brevet est y contesté et l’affaire passe en jugement devant un juge en perruque. Bien sûr les documents détaillant l’art antérieur de Darby sont mis au dossier. Mieux encore Peter Chilvers est appelé à témoigner. Puisque Peter n’a rien qui soit écrit il fait citer un témoin : sa propre mère. On rapporte que le juge se serait laissé allé à une de ces petites phrases qui finissent dans les annales : An Englishman’s mother can always be believed[9]. Donc la mère de Peter et les défendants ont été entendus, Hoyle se retrouve débouté. Le brevet de Jim et Hoyle en Angleterre passe donc à la trappe, quiconque peut donc fabriquer et vendre des planches à voile dans ce pays sans payer de droits à Hoyle Schweitzer. Je ne sais pas qui fut derrière ce procès, qui a convaincu Peter de témoigner, qui à payé les bons avocats pour qu’ils montent le dossier, mais je ne prends pas beaucoup de risque de suspecter un des grands fabricants de planche à voile Européens, voire même un consortium d’entre eux. Pour la petite histoire, peu de temps après, Peter Chilvers quittera son job chez Lotus et deviendra patron d’un grand centre de planche à voile sur la Tamise en aval de Londres. Le « un peu moins jeune » Peter est donc revenu à ses anciennes amours sur un tapis rouge.

On verra plus tard que finalement le brevet de Jim et Hoyle a été en fait plutôt mal ficelé. Dans le document qui définit la part inventive des auteurs de Windsurf International le flotteur est moins bien protégé que le gréement. Hoyle essaye de compenser la faiblesse qui se fait jour dans ses documents de propriété intellectuelle en faisant signer des contrats de licence qui s’étendent au delà de ce qui est solidement couvert par le brevet. Plusieurs fabricants s’insinuent à travers ce lacis légal et fabriquent des planches seules. Ceci induit la naissance d’un marché de composants pour planches à voile où la situation légale est inextricable. Sentant la position juridique de Hoyle s’affaiblir, plusieurs compagnies se risquent même à fabriquer des planches à voile sans prendre de licence auprès de Windsurfing International. La plus hardie de ces Sociétés est Mistral, une société Suisse. Elle poussera le culot jusqu’à vendre aux USA. Bien sûr, Hoyle traîne Mistral en justice très rapidement. C’est aux USA que va se passer la bataille décisive. C’est normalement une position faible pour une Société étrangère que de passer en jugement contre une compagnie locale qui possède un brevet dûment attribué par l’administration indigène. Mais des supports politiques viennent de toute l’Europe et Mistral engage à son service un expert très convaincu. C’est Newman Darby en personne qui va se multiplier pour défendre son invention contre le vil usurpateur. La bataille juridique sera rude, les coups pleuvent, et si à la fin du procès Hoyle n’est pas KO, on peut dire qu’il perd par arrêt de l’arbitre. La cour décide qu’effectivement le brevet de Jim et Hoyle, bien qu’il contienne certain éléments innovants, n’est pas valide en l’état. Le juge suspend donc le brevet Américain, mais elle autorise Windsurfing International à réécrire une nouvelle version du brevet dont les revendications seront strictement contrôlées en tenant compte cette fois de l’existence d’un art antérieur. Le brevet sera réécrit. Quand il est accepté, nous sommes en 1983 et le nouveau brevet[10] n’aura plus que 5 ans à vivre, qui plus est il ne lui restera plus grand chose de substantiel pour justifier de solides royalties.

Le dégringolade continue pour Windsurfing International, pratiquement tous les pays d’Europe les uns après les autres font passer à la trappe le fameux brevet. Le plus grand marché, celui d’Europe, devient libre. Pire encore, les fabricants Européens ceux qui ont respecté et payé la licence de Windsurfing International et ceux qui ont été privé de l’accès au marché se sentent tous lésés et font appel à l’arbitrage de la CEE. Finalement Windsurf International sera condamné à une lourde amende pour avoir d’une manière indue (parce que fondée sur un brevet qui s’est révélé invalide) créé obstacle au principe essentiel de la libre concurrence dans la communauté.

Alors qu’il perd son unique brevet, le business model de Hoyle Schweitzer ne tient plus. Dans le milieu des années 80, Hoyle fait sa sortie, vend ce qui peut encore l’être et se retire du business des sports nautiques. Bien sûr il accumulé une fortune pendant les années glorieuses. Le magot a été sérieusement écorné par la multitude des procès mais il lui en reste assez pour sa retraite. Il va pratiquement s’effacer de la scène publique. Il ira s’installer à Hawaii et il contribuera au développement du Winsurfing acrobatique qui se fait sur les vagues géantes d’Hawaii.

Les faiblesses du fameux brevet ou leçon de modestie pour les inventeurs

Les actions de justice autour du brevet de Jim et Hoyle ont été la source de débats passionnés et de réflexions pertinentes sur plusieurs aspects de la Propriété Intellectuelle. Les décisions de justice ont crées tout une série d’éléments de jurisprudence. Windsurfing est très souvent cité dans les attendus de jugement en matière de brevet ou de contrat de licence. Néanmoins, tout ceci reste affaire de spécialiste du droit de la Propriété Intellectuelle.

Pour les inventeurs potentiels, Windsurfing est aussi devenu un cas d’école qui illustre fort bien certains aspects subtils mais extrêmement importants de l’expression même d’une invention. Bien que ceci soit trop souvent présenté comme un puzzle conceptuel doublé d’un jargon  obscur l’affaire reste assez simple et prend racine dans l’énoncé même de l’invention.

En préambule je dirais que, de mon expérience personnelle, le plus difficile au moment d’une invention est de savoir exactement ce qu’on a inventé. C’est là une affirmation paradoxale mais très réelle. Rappelons que les ingrédients de base de la brevetabilité d’une invention sont nouveauté et utilité. Le bouillonnement qu’est l’instant inventif n’est pas propice à l’établissement d’un dossier solide délinéant à travers ce magma d’idées et d’incertitudes ce qui est nouveau et ce à quoi cela peut servir. Il y a, à ce moment, une connaissance insuffisante de l’art antérieur : quelles autres méthodes ont été utilisées ou suggérées pour fournir le même service ?  N’a-t-on pas déjà utilisé ou suggéré cette idée soit disant nouvelle dans d’autres domaines d’application ? Il est clair que les inventeurs de la planche à voile ont superbement ignoré l’existence d’un art antérieur. Les résultats antérieurs de Darby étaient certes difficiles à dénicher mais le fait que la planche à voile soit un concept simple et relativement facile à bricoler aurait du rendre ses inventeurs circonspects. Le thème de l’utilité est encore plus difficile à cerner. A la naissance d’une invention son marché n’est que spéculatif, et les applications de l’invention ne sont que les projections de l’imagination de l’inventeur et de son entourage. Elles sont innombrables les inventions qui devaient s’appliquer à tel usage et qui ont finalement connus le succès dans un tout autre domaine. L’adhésif du Post-It à été d’abord utilisé pour tenir les partitions de musique, la fermeture éclair pour fermer les bottillons, l’hélice à air pour pousser les dirigeables. Une invention crée un potentiel d’utilisation dont on ne perçoit que rarement tous les contours. Les spécialistes brevet connaissent bien cette difficulté, aussi, quand ils rédigent un texte de brevet, ils font de grands efforts pour couvrir l’éventail d’applications le plus large possible. C’est un exercice nécessaire mais plein de risques. En effet en revendiquant un domaine inventif large on augmente le risque qu’une invention antérieure inconnue soit déjà dans ce domaine, cachée dans la jungle de l’art antérieur. Si au moment de l’examen ou même pendant l’exploitation de l’exclusivité l’art antérieur est découvert, l’invention devient une imposture puisqu’on vient de trouver une preuve flagrante que ce vous revendiquez a déjà été inventé !

Prenons un exemple fantaisiste. Vous venez d’inventer la bicyclette. Dans l’ivresse de l’exaltation inventive vous pressentez que l’art de se mouvoir en équilibre sur deux roues ouvre de multiples applications. Bien sur vous avez le vélo en tête mais vous êtes convaincu qu’il y a là un concept plus général. Donc vous brevetez un véhicule portant au moins une personne muni de deux roues placées l’une derrière l’autre par rapport au sens du mouvement, la roue frontale pouvant pivoter selon un axe dans le plan des roues (cet axe étant sensiblement penché vers l’arrière), ce pivotement permettant de diriger l’objet. En fait vous êtes un brillant expert en cinématique et vous avez compris que cet axe penché est le seul moyen de rendre l’objet stable quand il avance. Vous voilà triomphant, fier d’avoir annexé une propriété enviable (quoique temporaire) dans l’univers convoité des idées nouvelles. Vous investissez, travaillez dur, signez des contrats, faites des plans sur la comète. Mais un jour… patatras, fait surface l’histoire d’un gamin intrépide des rues de San Francisco qui pour battre de vitesse les caisses à savon de ses copains s’est bricolé ce qu’on appellera plus tard une trottinette. Ce jour là vous êtes cuit et recuit. Le gamin n’est pas un théoricien de la mécanique mais il a fait avant vous un objet qui est pile au milieu de l’espace que vous avez revendiqué ; prouvant par la même que vous n’êtes pas un authentique inventeur, mais plutôt le propriétaire indu de cette parcelle du monde des idées que vous avez vous même délimité. Vos compétiteurs seront trop contents de transformer le gamin en héros et en témoin au prochain procès. Vous avez été trop gourmand en énonçant votre invention.

Il aurait fallu revendiquer le vélo seulement, resserrant vos ambitions à un véhicule avec une siège voire, si vous êtes vraiment génial, un pédalier et des freins. Plus l’espace que vous revendiquez est étroit et précis, moins il y a de chance qu’un OVNI vous tombe dessus. Vous allez me rétorquer que si au moment de l’invention vous aviez en tête une trottinette et revendiquez l’objet comme tel vous perdez d’emblée la chance d’englober la bicyclette dans votre espace inventif. C’est le dilemme du pari : gros bénéfices potentiels, gros risques sous jacents. Enoncer son invention, décrire le contenu inventif, couvrir un espace d’application implique donc un choix subtil balançant le risque et l’ambition.

Jim Drake et Hoyle Schweitzer ont commit un péché d’orgueil le jour ils ont énoncé leur invention[11]. Leur brevet est conçu comme s’appliquant à tout appareil (de transport) se mouvant avec le vent. Ca n’est que dans les revendications annexes que le texte précise qu’il peut s’agir d’une embarcation possiblement munie de stabilisateur et de dérive. Le type d’embarcation n’est pas précisé. Jim a admis bien plus tard que dans l’ivresse de l’invention ils ont rêvé de toutes sortes d’engins, traîneaux, wagonnets, chariots, etc… Ces rêves ambitieux sont apparents dans l’énoncé de l’invention telle qu’il apparaît dans le brevet US3487800. Erreur fatale ! Si Jim et Hoyle avaient eu un peu plus les pieds sur terre ils auraient restreint leur ambition au magnifique marché qu’ils avaient sous le nez. Ils auraient dû breveter une bonne vieille planche à voile fondé sur un flotteur inspiré du surf et de préférence en polymère. Dans cette hypothèse, jamais les essais antérieurs de Peter Chilvers et de Newman Darby n’auraient présenté un danger sérieux pour le parcours d’innovation de Windsurfing International. Chilvers et Darby avaient inventé quelque chose qui ressemblait plutôt à un ponton à voile, pas vraiment la planche à voile ! Donc prudence si un jour vous concevez ou vous évaluez une invention. L’ambition est dangereuse. Il y a certes des stratégies qui réduisent la difficulté du dilemme ambition/risque, en particulier celle qui consiste à prendre plusieurs brevets. Mais les brevets sont chers, et pour une start-up comme Windsurfing, il était raisonnable de se contenter d’un seul brevet, encore eut-il fallu qu’il soit solide.

C’est facile d’être malin avec trente ans de recul, me direz-vous. En effet, dans le feu des premiers jours ce choix est extrêmement difficile. Y a-t-il des règles qui peuvent aider ? Oui, mais elles restent vagues et pas toujours faciles d’emploi. La première règle, la plus impérative, c’est de faire un maximum d’effort pour connaître le contexte inventif, qui recouvre à la fois l’art antérieur (et les technologies latérales) et le ou les marchés cibles. Mieux on connaît le contexte, plus on peut pousser l’ambition de son projet inventif. Si le contexte est mal connu (et c’était le cas pour Jim et Hoyle), il est préférable d’avoir une stratégie confinée à ce que l’on connaît bien et il prudent de ne pas céder à la tentation de breveter large et ambitieux. La deuxième règle est de ne pas jouer à la roulette Russe avec les brevets qui conditionnent la vie même d’un projet d’innovation. Elle est bien faible la probabilité qu’une invention ai soudain un champ d’application insoupçonnée qui, de plus, se développe en moins de 20 ans et qui enfin soit exploitable par une start-up occupée à gagner une petite place sur un marché bien précis. L’enjeu ne vaut pas le risque d’affaiblir un brevet pivot. La troisième règle est qu’une entreprise ne sait en général vendre et licencier que dans son domaine technique. Si vous lancez un projet d’entreprise innovante dans le domaine de la bureautique, il est inutilement dangereux d’étendre vos ambition de propriété intellectuelle dans des domaines différents comme le spatial ou le médical. Même si vous êtes un génial inventeur vous ne saurez pas convaincre dans des mondes industriels qui vous sont étrangers.

Qui a créé de la valeur ?

Des trois groupes inventeurs indépendants de la planche à voile, seul les Californiens ont conduit la phase d’innovation au succès. En effet beaucoup de valeur a été finalement crée, beaucoup de gens ont pris du plaisir à naviguer sur l’engin, les clients ont été satisfaits et ceux qui ont développés et fournis ce produit ont été justement rétribués. Si Peter Chilvers a crée un petit peu de valeur, il l’a gardé pour lui. Newman Darby a tenté d’aller plus loin mais, faute d’avoir mis au point son invention et faute d’avoir        adressé le bon marché, il a perdu ses investissements donc, au moins pour ses actionnaires, non seulement il n’a pas créé de la valeur, mais il en a brûlé. La raison du succès des Californiens est évidente et c’est là la principale morale de l’histoire, ce sont eux qui ont projetée l’invention sur le bon marché. Une invention, même bonne, qui dans sa phase d’innovation, ne s’appuie pas vite sur un marché solide n’a aucune chance de se développer harmonieusement. La bonne approche pour la planche à voile était d’utiliser les surfeurs comme marchepied, tant pour la technologie que pour le marketing. Le succès tient aussi au fait que Jim Drake était un bon concepteur. Mais plus encore il tient au fait que Hoyle Schweitzer était un bon innovateur. En effet il s’est révélé capable de créer le contexte favorable pour l’acceptation et la diffusion de la nouveauté. Il a certes vu son image se ternir quand il bataillait si fort pour ses royalties. Malheur aux vaincus, ses droits de propriétés intellectuelles n’étaient pas aussi solides qu’il le souhaitait. Pour ma part je donnerais le carton jaune à l’expert brevet qui a aidé nos Californiens à écrire leurs revendications. En effet la rédaction du brevet de base est la seule grosse bévue dans l’histoire du développement de la planche à voile par Windsurfing International. Il y a eu d’autres petite fautes, Jim et Hoyle n’ont pas anticipé la nécessaire négociation entre l’inventeur et l’innovateur sur le partage de la valeur crée, Hoyle à la fin de la course n’a pas préparé la relance de sa compagnie avec de nouvelles innovations, il s’est contenté de traire l’invention de base jusqu’à épuisement. Ce faisant, il a certes thésaurisé assez pour vivre une retraite dorée, mais il n’a pas saisi l’occasion pour créer une valeur industrielle durable

De la quête de la gloire pour les inventeurs

Aujourd’hui la planche à voile fait parti du domaine public. Apres une période de croissance exceptionnelle, ce sport entame le XXIème siècle avec une période de doute et de désaffection. Le sport a été confisqué par les spécialistes de l’extrême, les planches sont aujourd’hui très courtes, elles coulent si le vent ne les pousse pas assez fort. Ce sont des formules 1 difficile à tenir qui écartent le grand public de ce sport. La surenchère de l’extrême s’oriente vers le kite-surf. C’est une évolution qu’ont connu beaucoup de sports (canotage, vélo, ski alpin, etc..). Le grand public s’est donc éloigné de la planche à voile. Le sport est aujourd’hui contesté comme sport olympique. C’est le grand cycle de vie des produits « sport et loisirs ». Le jetski, à grand renfort de pétarades frimeuses, vient au bord des plages prendre la place de la bonne vieille planche.

(Français) Histoire de la planche à voile

Une Jangada (Nordeste du Brésil)

Reste donc le « Hall of Fame » célébrant la gloire des inventeurs. C’est un peu la foire d’empoigne entre Peter, Newman et Jim dans ce domaine. La gloire est souvent un débat pour nationalistes ou autres défenseurs de chapelle. Aujourd’hui la gloire qui n’est guère qu’un bon oreiller pour l’égo, peut être un peu rentabilisée. Nos trois inventeurs ont a fait l’expérience quand, après leur retraite, ils ont été engagés comme consultants par des fabricants de planche, ou invités à prendre le parole à l’occasion de divers événements.

Qui a inventé la planche à voile ? De mon opinion c’est clairement Jim Drake et personne d’autre qui a inventé le produit « planche à voile » celui là qui a eu un immense succès commercial, celui là même qui a créé de la valeur. Vous l’avez compris, une invention qui n’est pas mise en coïncidence avec un bassin de clientèle disposé à la soutenir n’est qu’un exercice de style un peu vain. Mais revenons à la gloire du premier inventeur, celui qui le premier s’est tenu debout sur un objet flottant et l’a fait avancer en orientant un voile par la force des bras. Normalement c’est Chilvers, sur la foi d’un seul témoin : sa mère. On peut en débattre, mais quelle est l’importance de ce débat ? Je vais m’amuser à diluer tout cela dans un brouillard de doute. Il y a bien longtemps, précisément quand Jim et Hoyle faisaient leurs premiers ronds dans l’eau, j’étais pour quelque temps sur la côte Nord du Brésil. Là les pécheurs locaux utilisent une embarcation traditionnelle unique, la « jangada ». C’est un radeau profilé fait de quelques troncs de balsa. Il est muni d’une voile, d’une rame gouvernail et, curieusement, souvent d’un banc-siège à l’arrière. Les pêcheurs s’y tiennent debout ou assis, ils partent très loin en mer avec de tels esquifs. Quand ils vont par vent de travers, souvent les pêcheurs tiennent la bôme de leur jangada par la main. Les jangadas existent depuis le XVIème siècle. En flânant au bord des lagunes du Nordeste, j’ai vu souvent des enfants jouer les apprentis marins avec soit de petites jangadas visiblement destinées à l’apprentissage des enfants, soit de vieilles jangadas devenues impropres à la haute mer. Qui peut dire qu’un jour un gamin n’a pas continué à jouer avec un voile déplantée de son radeau en calant la base du mat dans son trou et tenant la voile par la force des bras ? Le pas inventif pour faire cela est minime, il ne demande aucun développement technique. Je parie que cela a du arriver, et plutôt deux fois qu’une, quelque part entre Natal et Salvador de Bahia. Bien sûr, il n’y aura ni preuve ni contre preuve. Les inventions des enfants pêcheurs du Nordeste ne font pas partis de l’histoire. Mon seul propos était ici de jeter un peu d’eau froide sur cette frénésie qui veut qu’un homme très précisément soit l’unique inventeur de quoique ce soit.

De toute façon la morale récurrente de toutes ces histoires est qu’une invention qui n’est pas suivi d’un processus d’innovation n’a pas plus d’importance qu’un livre qui n’est pas lu ou qu’une chanson qui n’est jamais chantée.

Notes de bas page

[1] Il a d’autres types de circonstances favorables à la prolifération d’invention. Pour créer un tel contexte, il suffit qu’un de paramètres qui déterminent l’optimisation fonctionnelle d’une classe de produit soit significativement modifié. Dans le cas de la planche à voile, c’était l’apparition d’un nouveau mode de vie. Un des cas les plus fréquents est l’apparition et la disponibilité d’un moyen technique nouveau. Un des cas les plus spectaculaires a été la mise à la disposition de l’électricité dans tous les foyers (début du XXième). Il y a eu aussi l’apparition de polymères. Quelquefois le déclenchement vient d’une modification du contexte réglementaire ou fiscal. Aujourd’hui l’apparition d’Internet a crée chez les investisseurs une anticipation de cette avalanche d’inventions, puis d’innovations. C’était autour de 2000, l’anticipation a tourné en surchauffe spéculative et s’est terminé en crash. Il n’empêche qu’à terme Internet sera certainement le théâtre de bien des innovations. Elles apparaîtront comme une avalanche aux yeux d’un historien de la fin de XXIième siècle mais en fait elles vont se développer sur plusieurs décades. En matière d’innovation les spéculateurs oublient trop souvent que l’homme et sa société mettent du temps à s’adapter au changement et que ceci se fait par un processus d’essais-erreurs qui finalement prend du temps.

 

[2] il est rappelé ici que selon une loi spécifique aux USA l’inventeur disposait alors d’un délai de grâce d’un an avant de déposer un brevet. Pendant cette période il peut divulguer voire commercialiser son invention.

 

[3] Aujourd’hui les frais de dépôt d’un brevet simple limité aux USA sont de l’ordre de 30000$. Il faut doubler la somme pour passe au niveau international. Les coûts s’envolent ensuite quand après examen il s’agit d’enregistrer et d’étendre vers l’étranger.

 

[4] On se souviendra que Hewlett Pakard a vu le jour dans un petit garage de Palo Alto. Le modeste édifice est aujourd’hui l’objet d’un effort de conservation de la part de HP : effort méritoire dans une Californie où traditionnellement les maisons ne vivent guère plus longtemps que les mariages ou les jobs. Stephen Wozniak et Steve Jobs ont fait, 40 ans plus tard, un remake du film en faisant démarrer Apple dans un garage de Los Altos. Le mythe du garage est un mythe fort, très symbolique de la démarche d’innovation. Il est si porteur qu’un groupe de capital-risque de Silicon Valley a pris le nom de Garage Technology Ventures.

 

[5] Brevet Américain US-3487800 délivré le 6 Janvier 1970.

 

[6]  L’inventeur a du mal à se détacher d’un sentiment de propriété de l’invention ; c’est son enfant, donc elle lui appartient. Chaque fois qu’il voit le produit il y voit l’invention. Ce qu’il voit c’est que sans son apport ce produit n’existerait pas. Il y a une relation émotionnelle et irrationnelle entre l’auteur et ce qu’il pense avoir crée.  En revanche on peut voir l’innovateur comme un entrepreneur qui se spécialise dans des projets très risqués. Il prend une invention et essaye de la transformer en produit. L’opération exige des efforts complexes et co-ordonnés. Il demande aussi énormément d’ingéniosité dans les domaines du marketing, du business model, voire des modes de financement. Quand il voit le produit final, notre innovateur voit en lui tous ses efforts et ceux de ses investisseurs. Tout cela, bien sûr, exige un retour très légitime, ceci d’autant plus qu’il y a un risque d’échec considérable attaché à tout processus d’innovation. Il faut donc payer avec un coup gagnant beaucoup de coups qui ont fait long feu.

 

Déjà dans l’absolu la confrontation de ces deux points de vue est chargée d’un potentiel conflictuel. Il y a un facteur aggravant : au moment même ou il faut prendre des décisions souvent irréversibles sur le partage des bénéfices (si bénéfice il y a), le projet est alors noyé dans un océan d’incertitudes. C’est le lot des premières phases de l’innovation : l’invention va-t-elle vraiment marcher ? ; la nouveauté sera –t-elle acceptée ? ; Quel prix les clients seront prêts à mettre ? Chaque parti va lire avec son biais la boule de cristal, on ne parlera jamais de la même chose, on va droit vers le dialogue de sourds.

[7] On rappellera que pour un produit grand public, il est très heureux d’avoir un petit marché test. Les lancements à grande échelle sont très risqués. C’est encore mieux quand ce petit marché contient beaucoup de leaders d’opinion. C’était le cas pour les surfeurs de Californie.

 

[8]  L’état octroie un brevet. Ce brevet donne au bénéficiaire l’exclusivité d’exploitation de l’invention, mais l’état n’assure pas les actions de police qui font que ce droit est respecté. C’est au bénéficiaire du brevet de faire la police, d’établir un dossier d’accusation solide et d’attaquer en justice les contrefacteurs et ce sera au juge de décider de la peine et du dédommagement qui seront prescrits.

 

[9] La mère d’un citoyen Anglais est crédible quoiqu’il arrive.

 

[10] Le numéro du brevet révisé est Re.31167, sorti en Mars 1987.

 

[11] Pour les amateurs de jargon brevet, voici le texte de la revendication n°1 de US3487800 :

 

Wind propelled apparatus comprising body means adapted to support a user and wind-propulsion means pivotally associated with said body means and adapted to receive wind for motive power for said apparatus, said propulsion means comprising a mast, a joint for mounting said mast on said body means a sail and means for extending laterally from said mast, the position of said propulsion means being controllable by said user, said propulsion means being substantially free from potential restraint in the absence of said user, said joint having a plurality of axes of rotation whereby said sail fre falls along any of a plurality of vertical planes upon release by said user.

On y trouve seulement le joint universel. Après la connaissance de l’art antérieur de Chilvers et Darby, les contrefacteurs avaient la partie belle. On ne voit apparaître un esquif que dans la revendication 6, mais il n’est définit que comme « watercraft ».

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