Le plastique nous réveille du sommeil de la pensée systémique

Le monde ancien des classiques bâtissait pour l’éternité. Les structures modernes sont des exploits provisoires qui se détachent au gré des calculs économiques sur l’horizon changeant de nos possibilités techniques. Quant aux objets de consommation, leurs formes sont constamment renouvelées et conservent au mieux une continuité du design ou un esprit de marque. Nous aimons trop la fraîcheur du neuf pour vouloir la durée des choses. Nous pouvons tout au plus envisager de les réutiliser. Mais dans certains cas, et notamment dans celui des plastiques, la durabilité du matériau excède de loin la durée de vie du produit. Nous goûtons à ce paradoxe quand nous contemplons les images des masses immenses de déchets qui s’enchevêtrent en certains points des océans. 

Les plastiques sont sûrement le matériau emblématique de notre époque, puisqu’il donne l’apparence d’une malléabilité et d’une commodité totales, à l’ombre desquelles monte inexorablement notre pieuse indignation devant la transformation de l’environnement en poubelle. C’est un instinct religieux qui s’exprime ici. Mais cette nouvelle énergie collective porte un paradoxe inhérent à de nombreux mouvements modernes se réclamant de la science. En effet, si la piété écologique se cherche depuis plusieurs générations des héros, elle doit convenir du fait que la figure archaïque du héros paraît hors de propos face à la complexité des systèmes qu’il s’agirait de corriger. Si le héros ne cadre pas bien avec la rationalité scientifique qui inspire le mouvement écologique, celui-ci ne parvient pour autant pas à faire le deuil de la fonction héroïque et du romantisme de la révolte. Nous savons cependant que personne ne saurait être personnellement tenu pour responsable de la dégradation de l’environnement naturel. L’innocence de la jeune Greta Thunberg et notre culpabilité d’adultes, voilà qui excite nos passions, mais qui ne satisfait pas notre désir de comprendre, de voir les choses dans leur ensemble. 

 

Nous sommes tous des technocrates en puissance

Justement, la révolution industrielle n’a pas été sans engendrer des grands récits se voulant capables d’expliquer l’origine et l’avenir de l’accélération industrielle de l’humanité, qui nous aurait fait sortir de l’Holocène, selon certains. Après la Seconde Guerre mondiale, la planète se divise un temps entre un grand récit libéral et un grand récit marxiste, l’un faisant la part belle à l’initiative privée et feignant souvent d’ignorer la réalité managériale de l’économie, l’autre résolu à transformer à la fois le monde et les hommes sur la base d’un plan central, néanmoins voué à être constamment détourné de ses objectifs par la logique des individus. Finit cependant par apparaître vers la fin des années soixante le besoin de dialoguer, de penser ensemble les défis globaux qui se posent à l’humanité. C’est de ce besoin que résultent la pensée complexe et la systémique. Le retrait du marxisme vers le début des années 1990 contribue à positionner la pensée systémique ou complexe comme une option critique sérieuse face à un certain néolibéralisme triomphant pour lequel le monde se réduit au taux de croissance du PIB.

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Le paradoxe du plastique, si commode à court terme et si ingérable à long terme, incite à sortir d’une conception linéaire du circuit économique, de la conception d’un produit à sa production, puis à sa consommation et finalement au déchet qui résulte de cette consommation. Il s’agit en quelque sorte de surmonter la naïveté productiviste des Trente glorieuses, qui était celle d’une société brusquement branchée grâce au pétrole à une source surabondante d’énergie et de matériaux. L’idée d’un circuit plus proche de la circularité des systèmes biologiques fait son chemin, et avec elle, la notion d’une connaissance systémique, où l’observation et l’expérimentation locales retrouvent leurs lettres de noblesse face au calcul et à la modélisation. Ce type de rationalité systémique se déploie depuis de nombreuses années aussi bien en Occident qu’en Orient. En Europe, la ville suédoise de Lund expérimente un modèle d’économie circulaire. Au Japon, les 1500 habitants de Kamikatsu recyclent 80% de leurs déchets et visent 100% en 2020—la ville ne fournit pas de service de ramassage des ordures. L’Allemagne est pionnière dans le domaine du recyclage depuis les années 1970. Quant à la Chine, elle met progressivement en place un cadre législatif visant à créer une économie circulaire depuis déjà une vingtaine d’années.

L’idée n’est pas simplement d’optimiser le rendement d’un système, mais plutôt de l’accompagner de telle sorte qu’il tende à demeurer dans un régime de fonctionnement relativement stable, plutôt que de le pousser à entrer dans des modes de fonctionnement imprévisibles et hostiles à nos modes de vie.

 

Les organisations ouvertes et l’avenir du plastique

Transformer l’économie du plastique en un circuit circulaire fait intervenir deux aspects des organisations ouvertes, telles qu’elles ont été conceptualisées par Presans. Premièrement, la conscience collective de la nécessité de sortir des approches linéaires constitue le germe d’une puissante mission inspirante. Inutile de s’étendre sur ce point : tout le monde constate aujourd’hui l’énergie morale collectivement disponible pour lutter contre la pollution par les plastiques. C’est analogue à un effort national de guerre, mais transposé au sein d’une société qui se voudrait globale et ouverte. Deuxièmement, le modèle économique de la fonction convient particulièrement bien au cadre d’une économie circulaire, dans laquelle les entreprises sont incitées à minimiser les déchets en plastique liés à leur activité.

L’avenir du plastique intéresse la plupart des acteurs industriels. Presans contribue à son niveau à la réflexion sur ce sujet en lançant une Synergy Factory, afin d’aider le monde industriel à construire ses roadmaps innovation dans un contexte mouvant.