Mardi 23 avril se tenait un meetup sur l’avenir de la nourriture, organisé pour HEC Alumni par Jonathan Zakoïan. Fanny Lange et Julie Cunat, seniors managers chez Deloitte Developpement Durable ont présenté les transformations et les enjeux actuels du secteur agro-alimentaire, premier secteur industriel en France. L’audience était largement composée de consultants et d’entrepreneurs actifs dans le domaine de l’agro-alimentaire. Voici ce que j’en ai retenu.

 

1. Comment l’agenda agro-alimentaire global se construit

L’agenda agro-alimentaire global dénote une vision partagée par l’ensemble des parties prenantes des priorités actuelles et à venir du développement agro-alimentaire. Fanny Lange et Julie Cunat ont rappelé que cet agenda s’inscrit fondamentalement dans la perspective d’une croissance forte de la population de la planète : il s’agit de nourrir de manière durable une planète à 10 milliards d’habitants. Les grands enjeux sont ceux de la production et de la consommation durables, saines, et équitables, sachant que la demande agricole devrait augmenter de 50% d’ici 2050 par rapport à 2013 et que l’agriculture couvre actuellement 39% des terres disponibles.

La concertation entre parties prenantes est aujourd’hui au coeur de la construction de cet agenda, les cabinets de conseil jouant un rôle important d’intermédiaire entre les différents acteurs du développement agro-alimentaire.

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2. Acteurs et contexte de cet agenda

Qui sont les acteurs de la construction de l’agenda agro-alimentaire global ? Huit grandes classes peuvent être identifiées dans le cas de la France :

  • La puissance publique à différents niveaux d’organisation
  • La recherche publique, notamment l’INRA
  • Les producteurs
  • Les industriels, allant de Bayer ou BASF à McDonald’s
  • Les ONG, dont par exemple les associations de consommateurs
  • Les cabinets de conseil
  • Les startups AgTech et FoodTech
  • Les consommateurs

Selon Fanny Lange et Julie Cunat, le développement de l’industrie agro-alimentaire apparaît dans le contexte actuel comme une maladie de civilisation aux multiples symptômes, entraînant la dégradation de la santé des consommateurs et la dégradation de l’environnement naturel. La liste des différents aspects de la dégradation de l’environnement  est à la fois longue et connue :

  • effondrement des colonies d’abeilles depuis les années 1990, probablement en raison de l’utilisation de pesticides,
  • plus généralement destruction de la biodiversité,
  • déforestation,
  • eutrophisation,
  • réchauffement,
  • sécheresse,
  • acidification des océans
  • scandales sanitaires et alimentaires.

3. Actions et perspectives à long terme

3.1. Entre les lobbies la guerre fait rage

En France, les ONG telles que UFC Que Choisir, Greenpeace ou Foodwatch se montrent de plus en plus vigilantes, en liaison avec les lanceurs d’alertes. Cette vigilance entraîne une mobilisation et une concertation accrues entre les parties prenantes pour fixer ensemble le cadre d’une alimentation durable. Cette mobilisation est loin de se dérouler dans un esprit de coopération et ressemble bien davantage à une guerre entre lobbies. Les problématiques de l’alimentation et de la production durable ont été sanctuarisées par la loi à la suite des Etats généraux de l’alimentation qui se sont tenus le 20 juillet 2017.

 

3.2. Les cabinets de conseil apportent la vision globale

Dans ce contexte le rôle des cabinets de conseil est d’apporter une vision globale et prospective articulant évolution des modes de production et attentes sociétales en matière de santé et d’environnement, en explicitant les impacts sur les différentes parties prenantes.

L’essor des labels vertueux constitue un autre mode d’action permettant aux consommateurs de devenir davantage acteurs de l’agenda agroalimentaire. Ces labels concernent par exemple l’agriculture biologique, les fruits de mer durables, le commerce équitable, ou le bien-être animal. Il intervient aussi dans le contexte de la lutte contre la fraude, par exemple dans le cas du miel.

 

3.3. Les plateformes de suivi alimentaire renforcent la transparence

Les efforts de transparence alimentaire des industriels sont complétés par l’émergence des applications de suivi alimentaire :

  • 2012 Open Food Facts (base de donnés)
  • 2015 Kwalito
  • 2017 Yuka
  • 2018 Buyornot, Labeleat, Y’a Quoi Dedans
  • 2019 Base de donnée ANIA (à venir)

Ces applications ont donné lieu à plus de dix millions de téléchargements en dix ans.

 

3.4. L’agro-écologie ouvre de nouvelles perspectives

Du côté de la production, la présentation de Fanny Lange et Julie Cunat a accordé une grande attention aux perspectives suscitées par l’agro-écologie et l’agriculture biologique.
L’agro-écologie est à l’origine issue du mouvement citoyen Colibris lancé par Pierre Rhabi. L’agroécologie consiste à re-concevoir et améliorer les systèmes agricoles pour valoriser au mieux les ressources naturelles et mettre à profit les processus écologiques naturellement à l’oeuvre dans les agroécosystèmes (interactions, synergies). Cette vision systémique permet d’obtenir les conditions les plus favorables à la croissance des végétaux.
L’agro-écologie se situe entre l’agriculture conventionnelle et l’agriculture biologique et propose ses propres labels de qualité. Un scénario prospectif de rupture TYFA montre comment l’agro-écologie pourrait nourrir l’Europe, en équilibrant la sécurité, la production et la consommation alimentaires durables à l’échelle européenne.

 

3.5. La R&D industrielle ré-outille l’agriculture

Du côté des acteurs industriels, des entreprises telles que BASF ou Danone sont en première ligne pour renouveler l’outillage de l’agriculture. Les axes d’innovation, élaborés en concertation avec les autres parties prenantes de l’industrie agro-alimentaire, incluent notamment le biocontrôle, qui permet de substituer aux pesticides des mécanismes de défense naturels pour protéger les végétaux.

 

Conclusion

Les efforts déployés par les parties prenantes du secteur agro-alimentaire placent certainement la France au premier rang des acteurs de la définition et de la mise en oeuvre d’un agenda alimentaire global… le résultat d’une histoire faite d’excellence, et d’une envie d’avenir intacte. Preuve en est le succès auprès de nos grands acteurs industriels que rencontre la Synergy Factory que vient de lancer Presans sur le thème du “Future of Food”.