Crise et paradoxe

 

GE France a commenté les résultats du second Baromètre annuel de l’innovation organisé par le groupe il y a quelque temps. Ce qui ressort en premier est certainement l’impact de la crise économique sur la capacité d’innovation des entreprises. Par ailleurs, les cadres ayant répondu à l’enquête s’attendent visiblement à un renouveau des approches en matière de management de l’innovation. Cela confimerait la prise de conscience du besoin d’adapter les stratégies et les modèles existants à la nouvelle réalité qui émerge de la crise. Le rôle de l’ouverture dans l’innovation demeure cependant toujours aussi complexe à cerner, l’enquête mettant même à jour au niveau global l’existence d’un paradoxe des partenariats :

 

« However, a disconnect surfaced between the importance of partnerships and the need to pursue them in the near term. A “partnership paradox” presented itself in which 86 percent of global executives believe that partnerships are an important component of the new model of innovation, but only 21 percent believe finding partners is an immediate priority to innovate more on a day-to-day basis. » [Source : GE]

 

Le paradoxe pourrait refléter l’existence d’un cycle dans l’exploration des partenariats, ce qui serait conforme à l’idée que l’innovation ouverte a toujours existé et que l’ouverture serait même inhérente à l’innovation. Du coup, la seule façon de prendre au sérieux le management ouvert de l’innovation est de considérer qu’il systématise, accélère et élimine la cyclicité d’un processus déjà à l’oeuvre de façon spontanée dans la vie des entreprises. Un point qui mériterait d’être approfondi pour dépasser la problématique du buzzword, et la confusion du neuf et de l’ancien qu’il recouvre.

Comment se paradoxe se traduit-il au niveau de la France? A défaut de disposer des données locales sur ce point, notons que plusieurs spécificités nationales relevées par l’étude vont clairement dans le sens de nos précédents articles (ici puis ici) sur les problèmes culturels de la France en matière d’innovation, qui sont avant tout des problèmes de perception. Evoquons ici l’opinion étonnante des cadres français sur le rôle clé joué par les PME dans le domaine de l’innovation, que le communiqué de GE a bien noté :

 

« Quasi unanimes, les Français sont 92% à voir dans les PME des locomotives pour l’innovation, figurant ainsi parmi les plus convaincus, avec les Brésiliens (94%), les Mexicains (95%) et, étonnament, loin devant les Allemands (70%). » [Source : GE]

 

Guerre de culture

 

Cela dans un pays connu pour l’absence de fair-play de ses donneurs d’ordre industriels envers leurs fournisseurs :

 

« Les relations entre donneurs d’ordres et sous-traitants n’ont cessé de se dégrader en France ces vingt dernières années. Il perdure depuis trop longtemps des comportements opportunistes qui ont des conséquences néfastes sur le long terme. » [Source : Rapport d’activité 2010 de la Médiation des relations inter-entreprises industrielles et de la sous-traitance, p. 14]

 

Le résultat de l’étude pourrait refléter une divergence de valeurs et donc de culture entre ceux qui créent des partenariats d’innovation, et ceux qui sont chargés de mettre en coupe réglée la chaîne de valeur amont. Les rapports de confiance construits par les partenariats d’innovation ne sont sûrement pas à l’abri de cette réalité.

Le baromètre de l’innovation fournit également une indication sur l’état de santé des partenariats publics-privés. A propos de la contribution des institutions publiques à l’innovation, le communiqué signale l’opinion négative des cadres interrogés :

 

« Ils partagent en revanche le même scepticisme que leurs homologues s’agissant du rôle joué à cet égard par les universités et les gouvernements, crédités respectivement de modestes 2% (4% pour le monde) et 1% (contre 3%). » [Source : GE]

 

Ce résultat converge avec le rapport Chesbrough-Vanhaverbeke, dont nous nous faisions le relais il y a peu. Ce dernier préconisait en particulier de rééquilibrer au sein de l’Union Européenne les dispositifs gouvernant les institutions de recherche publique, qui à l’heure actuelle inhibent le flux des connaissances vers l’industrie, et donc le progrès technologique et la compétitivité.

L’étude de GE apporte des données stimulantes pour ceux qui souhaitent comprendre la valeur réellement accordée en France à l’innovation.

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Note : L’illustration utilisée ci-dessus  est sous licence Creative Commons ; elle est disponible ici.

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