Frédérique Sachwald est docteur en économie, diplômée de l’IEP Paris et de l’université de Cambridge. Frédérique Sachwald est responsable de la R&D des entreprises, au sein du Ministère l’Enseignement Supérieur et la Recherche en France. Elle est l’auteur de plusieurs rapports sur l’open innovation.

Quelle est votre définition de l’Open Innovation ?

Je définis l’Innovation Ouverte par rapport à son contraire : l’innovation fermée. Dans le cadre de l’Innovation Fermée, le département R&D des entreprises est une forteresse. Toutes les idées sont générées en internes et restent en interne jusqu’à la mise sur le marché de nouveaux produits. L’innovation ouverte consiste pour une entreprise à ne pas reposer uniquement sur ses ressources internes (outside-in). Dans cette approche, l’entreprise organise et systématise son ouverture vers l’extérieur (partenariat de recherche etc.)

Quels sont les indicateurs de l’adoption de l’Open Innovation ?

A mon sens, il existe trois bons indicateurs de l’adoption de l’Open Innovation

  1. L’externalisation de la R&D,
  2. Les coopérations de recherche (privé-privé, privé-public etc.),
  3. L’évolution du nombre d’intermédiaires tels que PRESANS,
  4. L’internationalisation des réseaux d’innovation.

L’Open Innovation est-elle une mode ?

Non. Au niveau Européen, l’externalisation de la R&D représentent 15% des budgets R&D. Ce pourcentage est encore plus important dans certains secteurs comme celui de la pharmacie.

Je ne pense pas que l’Open Innovation soit une simple mode !

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Il y a eu une forte augmentation de l’externalisation et des coopérations dans les années 1990. Aujourd’hui, cette croissance semble moins importante. Cela ne veut pas dire que la progression de l’Open Innovation est en train de ralentir mais que les entreprises sont en train de mieux structurer l’approche et de mieux s’organiser.

Par ailleurs depuis moins de 10 ans, les entreprises françaises cherchent à identifier des partenaires à l’échelle mondiale (par exemple, Essilor a mis en place un ensemble de laboratoires communs dans le monde).

Le Web 2.0 contribue-t-il à l’adoption de l’Open Innovation ?

Disons que les outils web 2.0 s’inscrivent dans un contexte historique favorable. Ce n’est pas le web 2.0 qui a créé l’Open Innovation, mais sans aucun doute, il permet son accélération.

Les entreprises qui utilisent les plateformes telles que PRESANS ont généralement l’habitude de l’Open Innovation. Ces plateformes sont un canal de plus, mais ne sont pas encore centrales. C’est un facteur contributif.

Quelles sont les limites de l’Open Innovation ?

  1. Capacité d’absorption : la R&D ne peut pas complètement être effectuée en externe. Il faut garder des compétences en interne pour faire la synthèse (intégration).
  2. Coût de transaction : les procédures de transfert de PI sont encore lourdes et coûteuse. Il faut par ailleurs que le public et le privé apprennent à travailler ensemble.

Quel est le futur des plateforme d’intermédiation telles que PRESANS ?

L’innovation est nécessaire, particulièrement en cette période de crise. Il existe un environnement propice au développement des intermédiaires (adoption de l’Open Innovation, de nouveaux outils 2.0 etc.). Mais pour que ces plateformes puissent pleinement jouer leur rôle, il faut que l’environnement progresse encore (brevet communautaire, fluidification de la gestion de la propriété intellectuelle etc.).

Les plateformes d’intermédiation telles que PRESANS joueront un rôle important dans un futur proche pour les innovations incrémentales. Les innovations de rupture, quant à elles auront plutôt lieu dans les laboratoires communs etc.

Informations complémentaires

Entretien du 6 avril 2010, Frédérique Sachwald, Vincent Lorphelin et Albert Meige.

crédit photo : site de l’EIRMA.