Nous avons donné une définition de l’innovation fermée (closed innovation) dans notre article « l’âge d’or de l’innovation fermée ».

Nous avons aussi expliqué comment ce management de l’innovation était apparu et quels étaient certaines conditions sine qua non de son succès. Notamment, la mise en place de buffer entre la Recherche et le Développement, le strict contrôle de la propriété intellectuel et la mobilité réduite du personnel qualifié.

Cependant un ensemble de facteurs a contribué à l’érosion du cercle vertueux constitué par l’innovation fermée. Les entreprises n’ayant pas su s’adapter ont connues des pertes ou des manques à gagner colossaux. D’autres ont innové dans leur manière d’innover et se sont tourné vers l’innovation ouverte (open innovation).

Les Facteurs d’érosion

Facteur d’érosion #1 : augmentation de la disponibilité et de la mobilité du personnel qualifié

Les politiques gouvernementales ont tout d’abord permis l’augmentation du personnel qualifié. Ce fut notamment le cas aux US qui a mis en place une telle politique après cette rendu compte qu’une fraction importante des technologies qu’elles avait développé pour et pendant la guerre (avion, radio, radar et même la bombe atomique) était en fait fondée sur des découverte scientifiques qu’elle avait importé d’Europe. Une telle dépendance était inacceptable.

Synergy Factory

We create on-demand multicorporate & multiexpertise task forces for innovation & Intelligence.

D’autres tendances du marché ont entrainé une augmentation de la mobilité de ce personnel qualifié, et donc une diffusion des connaissances qui était jadis précieusement gardé au sein de la forteresse du département de R&D. Ainsi, il devenait de plus en plus aisé pour une entreprise de profiter de l’expérience d’une autre en débauchant certains employés clés de la première.

Facteur d’érosion #2 : augmentation du nombre de VC

VC (Venture Capital) ou Capital Risque : les investisseurs en capital risque apportent du capital, ainsi que leurs réseaux et expériences à la création et aux premières phases de développement d’entreprises innovantes ou de technologies considérées comme à fort potentiel de développement (plus d’infos sur Wikipedia).

Avant 1980 aux US et avant la fin des années 1990, le nombre de VC (voir encadré) était très réduit. Ainsi les tentatives de startup par des personnes issues d’entreprises établies étaient laborieuses. En effet, il leur était difficile de rassembler suffisamment de capital et donc il leur était aussi difficile de convaincre d’autres personnes qualifié de les rejoindre dans l’aventure compte tenu de la prise de risque importante.

L’apparition des VC a changé la donne et considérablement favorisé la création de startup.

Facteur d’érosion #3 : alternative à l’étagère

Le facteur #3 est une conséquence des facteurs #1 (disponibilité et mobilité du personnel qualifié) et #2 (augmentation du nombre de VC), ainsi que du buffer permettant de stoker sur étagère les technologies entre la Recherche et le Développement (voir notre article « l’âge d’or de l’innovation fermée »).

Les tensions entre la Recherche et le Développement ne sont pas nouvelles, mais les facteurs #1 et #2 ont considérablement changé la donne. En effet, il existe maintenant des chemin alternatifs pour accéder au marcher : au lieu de rester sur l’étagère, la technologie (ou une variante) est emportée par son inventeur qui a désormais la possibilité de créer une startup.

Ainsi, l’apparition des VC a facilité l’apparition de startup et a considérablement augmenté les risques, pour les entreprises établies, de voir les technologies qu’elles avaient stockées sur étagère quitter le navire avec leurs inventeurs avant qu’elle ne puisse en capter la valeur.

Facteur d’érosion #4 : augmentation du nombre de fournisseurs qualifiés

Ce dernier facteur est aussi une conséquence des facteurs précédent qui ont facilité l’apparition de petites entreprises très spécialisée. Ainsi le dernier facteur d’érosion de l’innovation fermée est l’augmentation du nombre de fournisseurs de très bonne qualité sur lesquels les plus grosses entreprises peuvent désormais compter.

Conclusion

L’apparition de ses facteurs d’érosion a détérioré les liens qui existaient entre la Recherche et le Développement dans le paradigme de l’innovation fermée. Les technologies issues de la Recherche ne pouvaient plus être stockées sur étagère dans l’attente d’être reprise par le Développement car elles risquaient de fuir vers l’extérieur avec leur inventeur. Les entreprises ont dû s’adapter. Elles ont dû apprendre à capter des technologies externes mais aussi apprendre à capter la valeur des technologies qui les quittaient. C’est à cette époque que l’on entre dans l’ère de l’innovation ouverte…

Liens et références

Littérature sur l’innovation ouverte

Nous recommandons la lecture des trois ouvrages traitant de l’innovation ouverte (open innovation) :

Illustrations

  • La photo « Closed » est sous licence Creative Commons ; elle est disponible ici.