{"id":3628,"date":"2017-02-01T18:23:52","date_gmt":"2017-02-01T17:23:52","guid":{"rendered":"http:\/\/open-organization.com\/?p=3628"},"modified":"2017-02-01T18:23:52","modified_gmt":"2017-02-01T17:23:52","slug":"francais-entretien-avec-pierre-gohar-directeur-de-linnovation-a-luniversite-paris-saclay","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/2017\/02\/01\/francais-entretien-avec-pierre-gohar-directeur-de-linnovation-a-luniversite-paris-saclay\/","title":{"rendered":"Entretien avec Pierre Gohar, Directeur de l&rsquo;Innovation \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Paris Saclay"},"content":{"rendered":"<p>[et_pb_section bb_built=\u00a0\u00bb1&Prime;][et_pb_row][et_pb_column type=\u00a0\u00bb4_4&Prime;][et_pb_text]<\/p>\n<p><em><strong>Pierre Gohar est actuellement Directeur de l\u2019Innovation et des Relations avec les Entreprises \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris Saclay. Apr\u00e8s un d\u00e9but de carri\u00e8re dans la recherche au CEA, il explore le monde de l\u2019entrepreneuriat en fondant ou en accompagnant des startups technologiques. Il porte la conviction que notre soci\u00e9t\u00e9 vit une profonde mutation de valeurs que nos organisations, et notamment nos organisations \u00e9ducatives, doivent imp\u00e9rativement int\u00e9grer dans leur fonctionnement. Il appr\u00e9hende enfin cette mutation comme une crise spirituelle, et se tourne vers la longue histoire des civilisations pour proposer ce qui se veut\u00a0une voie de sortie par le haut\u00a0de cette crise.<\/strong><\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h3>1. Quel parcours vous a amen\u00e9 au poste de Directeur de l&rsquo;Innovation et des Relations avec les Entreprises \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Paris Saclay?<\/h3>\n<p><a href=\"\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/pierre-gohar.jpg\"><img decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-3797 alignleft\" src=\"\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/pierre-gohar.jpg\" alt=\"pierre-gohar\" width=\"206\" height=\"204\" srcset=\"\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/pierre-gohar.jpg 206w, \/wp-content\/uploads\/2017\/02\/pierre-gohar-150x150.jpg 150w\" sizes=\"(max-width: 206px) 100vw, 206px\" \/><\/a>J\u2019ai un parcours scientifique \u00e0 l\u2019origine. J\u2019ai fait une th\u00e8se \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Mines, en g\u00e9nie des proc\u00e9d\u00e9s industriels. Puis j\u2019ai fait cinq ans de recherche au CEA. \u00c0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, j\u2019ai franchi la limite entre recherche fondamentale et monde de l\u2019entreprise, et depuis cette p\u00e9riode je suis un acteur de l\u2019innovation, donc depuis plus de 25 ans. J\u2019ai touch\u00e9 un peu \u00e0 tout dans le monde de l\u2019innovation : accompagnement des PME sur des programmes innovants, cr\u00e9ation de startups, direction de l\u2019innovation au CEA, o\u00f9 j\u2019\u00e9tais directeur adjoint de l\u2019innovation, directeur de l\u2019innovation sur l\u2019ensemble du CNRS, aujourd\u2019hui l\u2019Universit\u00e9 de Paris-Saclay, et probablement demain un nouveau challenge que j\u2019ignore encore, ce qui est extr\u00eamement motivant. Mon expertise r\u00e9side dans l\u2019accompagnement d\u2019entreprises (PME-PMI) pour d\u00e9velopper un programme d\u2019innovation ; dans son financement ; dans l\u2019accompagnement de startups, de l\u2019identification de projet jusqu\u2019au d\u00e9veloppement ; dans la cr\u00e9ation et la consolidation d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes, surtout \u00e0 travers les interconnections et les interactions des dispositifs entre eux, qui sont plus importantes que les dispositifs eux-m\u00eames, pour fertiliser un territoire.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui je m\u2019occupe de l\u2019innovation \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Paris-Saclay. Nous avons travaill\u00e9 sur trois axes majeurs : 1) la relation industrielle. 2) Le transfert de technologie des r\u00e9sultats de recherche des laboratoires vers les entreprises (cr\u00e9ation d\u2019une flili\u00e8re d\u00e9di\u00e9e). 3) L\u2019entrepreneuriat \u00e9tudiant dont on ne parle pas suffisamment dans un milieux prestigieux de recherche et de formation, mais c\u2019est un \u00e9l\u00e9ment qui devient de plus en plus lisible et attractif. Une partie toujours plus importante des \u00e9tudiants, aujourd\u2019hui, s\u2019oriente vers l\u2019entrepreneuriat au motif que ce sont des initiatives qui ont du sens pour eux, que ce sont des projets sur lesquels ils peuvent travailler sur le mode du partage, je dirais m\u00eame : sur un mode solidaire. Ce sont des valeurs qu\u2019ils ne retrouvent plus dans le monde \u00e9conomique actuel, et \u00e0 ce propos je lance une alerte s\u00e9rieuse : si on ne prend pas en compte ces orientations de nos jeunes talents, on risque d\u2019avoir un ass\u00e8chement des candidatures \u00e0 l\u2019int\u00e9gration dans les gros bureaux d\u2019\u00e9tudes des grands groupes industriels. Et \u00e7a d\u00e9bouche sur une derni\u00e8re remarque : il est urgent que les modes de management et les valeurs sur lesquels se fondent les groupes industriels \u00e9voluent rapidement, sinon de moins en moins de talents iront s\u2019int\u00e9grer dans ces grandes structures industrielles.<\/p>\n<h3>2. Comment s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e votre \u00e9volution vers le monde des entreprises au cours des ann\u00e9es 1990?<\/h3>\n<p>J\u2019\u00e9tais dans un centre de recherche du CEA, et j\u2019ai vu une annonce un jour d\u2019une institution qui s\u2019appelait \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019ANVAR, qui est ensuite devenue OSEO puis BPI innovation, qui cherchait \u00e0 recruter des ing\u00e9nieurs \u00e0 forte culture technologique. Parall\u00e8lement, en 1990, le CEA avait lanc\u00e9 un programme de d\u00e9tachement de quelques ing\u00e9nieurs dans les d\u00e9l\u00e9gations r\u00e9gionales de ll\u2019ANVAR pour s\u2019approprier la culture du monde des PME, pour apr\u00e8s faire revenir ces ing\u00e9nieurs en interne et leur donner des postes d\u00e9di\u00e9s au transfert de technologie et \u00e0 l\u2019innovation. J\u2019ai candidat\u00e9, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 \u2014 ce qui a irrit\u00e9 la direction du centre de recherche, puisque j\u2019avais un programme \u00e0 d\u00e9velopper au Commissariat \u00e0 l\u2019Energie Atomique \u2014 et je me suis \u00e9norm\u00e9ment plu dans cette nouvelle mission d\u2019aller rencontrer des PME PMI, d\u2019identifier leurs probl\u00e9matiques ou leurs besoins en innovation, et apr\u00e8s de les accompagner jusqu\u2019\u00e0 la mise en route et au d\u00e9veloppement de ces programmes, avec une forte composante financi\u00e8re, puisque l\u2019objectif reste quand m\u00eame, pour la PME, de faire du chiffre d\u2019affaire. Et donc il fallait mesurer tr\u00e8s t\u00f4t l\u2019impact de l\u2019innovation sur la croissance du chiffre d\u2019affaires.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais en Poitou-Charente, un territoire qui au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 avait quelques p\u00e9pites th\u00e9matiques : je pense \u00e0 l\u2019image, avec la bande dessin\u00e9e \u00e0 Angoul\u00eame, au nautisme, du c\u00f4t\u00e9 de Rochefort, au feutres et textiles, toujours du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Angoul\u00eame, \u00e0 la sous-traitance m\u00e9canique et a\u00e9ronautique sur l\u2019axe Ch\u00e2tellerault-Tours. Il fallait accompagner et d\u00e9velopper la dynamique d\u2019excellence des \u00e9quipes qui animaient ces p\u00e9pites. C\u2019est cette exp\u00e9rience qui a implant\u00e9 dans ma conscience une petite graine d\u2019entrepreneur. L\u2019aventure s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e en 1995, quand l\u2019\u00c9cole des Mines a d\u00e9cid\u00e9 de faire un transfert de technologie vers un grand groupe industriel, \u00e0 partir de proc\u00e9d\u00e9s que l\u2019\u00c9cole des Mines avait d\u00e9velopp\u00e9. Un ancien camarade m\u2019a appel\u00e9 pour m\u2019en parler et \u00e0 ce moment j\u2019ai eu l\u2019intuition au niveau tripal que cette opportunit\u00e9 \u00e9tait pour moi. J\u2019ai cr\u00e9\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 New Option Wood (NOW), dont l\u2019objet \u00e9tait de traiter un bois \u00e0 tr\u00e8s haute temp\u00e9rature sous une atmosph\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e, dans un r\u00e9acteur (un gros four, pour parler plus classiquement), pour lui conf\u00e9rer des propri\u00e9t\u00e9s d\u2019imputrescibilit\u00e9, de r\u00e9sistance \u00e0 la bio-d\u00e9gradation, et de stabilit\u00e9 dimensionnelle (ce qui l\u2019une des faiblesses du bois \u00e0 l\u2019heure actuelle, notamment dans des conditions d\u2019humidit\u00e9 : au contact avec le sol, il pourrit). L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de prendre des bois indig\u00e8nes, le peuplier ou le pin maritime, et de leur donner des propri\u00e9t\u00e9s qu\u2019ils n\u2019ont pas naturellement. Ce proc\u00e9d\u00e9, au milieu des ann\u00e9es 1990, \u00e9tait un proc\u00e9d\u00e9 propre, thermique, et proposait une alternative au traitement chimique du bois, qui comportait de l\u2019arsenic. Le projet s\u2019est tr\u00e8s bien d\u00e9velop\u00e9, avec beaucoup de perspectives internationales, deux sites industriels construits en trois ans. Physiquement lessiv\u00e9, j\u2019ai revenu mes actions au bout de trois ans (en 1998), gagnant un peu d\u2019argent, et c\u2019est \u00e0 ce moment que le CEA m\u2019a rappel\u00e9 pour me confier le poste de directeur adjoint de l\u2019innovation sur l\u2019ensemble du CEA. Ces trois ans de startup m\u2019ont sans doute le plus appris : notamment dans les domaines de l&rsquo;action commerciale et de l&rsquo;ing\u00e9ni\u00e9rie industrielle. Cette exp\u00e9rience m\u2019a \u00e9norm\u00e9ment servie pour ensuite d\u00e9velopper les relations au sein du CEA. Le CEA est aujourd\u2019hui sans doute le seul organisme de recherche en France qui a cette politique de valorisation quand ses cadres sup\u00e9rieurs vont \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur puis reviennent avec une exp\u00e9rience atypique. C\u2019est aujourd\u2019hui l\u2019organisme qui a sans doute la plus forte culture industrielle en France, parmi les organismes de recherche. Apr\u00e8s trois ans \u00e0 ce poste de direction adjointe de la valorisation au CEA, donc vers le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, le gouvernement a lanc\u00e9 un appel d\u2019offre pour la construction d\u2019incubateurs de startups, dans le cadre de la loi de l&rsquo;innovation (All\u00e8gre), et le CEA m\u2019a demand\u00e9 de travailler sur le montage de plusieurs incubateurs territoriaux dans lesquels le CEA \u00e9tait impliqu\u00e9. Paradoxalement, j\u2019ai candidat\u00e9 \u00e0 la direction de ces incubateurs et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 en Poitou-Charente, une r\u00e9gion que j\u2019avais connue quand j\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019ANVAR, mais o\u00f9 le CEA n\u2019avait pas de centre. Donc je suis parti cr\u00e9er un incubateur de startups technologiques en partant de z\u00e9ro. J\u2019ai re\u00e7u un exceptionnel appui de la part de l\u2019Universit\u00e9 de Poitiers, de l\u2019Universit\u00e9 de La Rochelle, de toutes les collectivit\u00e9s territoriales, dont le Conseil r\u00e9gional, tr\u00e8s moteur dans la naissance de ce dispositif. C\u2019est le plus long segment de mon parcours professionnel, puisque je suis rest\u00e9 sept ans \u00e0 la direction de cet incubateur (\u00c9tincel). J\u2019ai constitu\u00e9 une \u00e9quipe, on a constitu\u00e9 des antennes dans les diff\u00e9rentes capitales r\u00e9gionales. On a vu 300 projets environ et on a cr\u00e9\u00e9 60 startups en l\u2019espace de 7 ans. J\u2019ai failli partir en Direction G\u00e9n\u00e9rale de trois de ces startups, sur proposition des \u00e9quipes de pilotage. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, on avait mis en place une m\u00e9thode d\u2019accompagnement, qui s\u2019appelait Via Designer, qu\u2019on avait co-d\u00e9velopp\u00e9e avec Via Neo, une soci\u00e9t\u00e9 que j\u2019ai co-fond\u00e9e. Cette m\u00e9thode est fond\u00e9e sur l\u2019it\u00e9ration d\u2019une posture techno-march\u00e9, de telle sorte que quand le startuppeur confirme son application, il a parfaitement identifi\u00e9 les fonctionnalit\u00e9s qui correspondent aux besoins de ses futurs clients. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, ce qui dominait dans le transfert de technologie \u00e9tait plut\u00f4t une culture d\u2019ing\u00e9nieurs : on allait jusqu\u2019au prototype qu\u2019on allait vendre au client sans m\u00eame s\u2019\u00eatre souci\u00e9 de ses besoins, a fortiori des usages ou de l\u2019exp\u00e9rience utilisateur. Maintenant, les perceptions ont chang\u00e9.<\/p>\n<h3>3. Parmi les p\u00e9pites incub\u00e9es, lesquelles ont particuli\u00e8rement bien perc\u00e9?<\/h3>\n<p>L\u2019accompagnement de projets est avant tout une aventure humaine. J\u2019ai rencontr\u00e9 des jeunes, des moins jeunes, des talents exceptionnels, avec des valeurs, avec des enthousiasmes, des interrogations. J\u2019ai gard\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment de relations amicales avec ces \u00e9quipes. Il y a quelques projets qui se sont vraiment tr\u00e8s bien d\u00e9velopp\u00e9s. Je pense \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 La Rochelle par deux femmes docteurs scientifiques, Genindex, qui d\u00e8s les ann\u00e9es 2000 a commercialis\u00e9 un kit d\u2019analyse ADN pour le monde agricole (\u00e9levage), permettant la tra\u00e7abilit\u00e9 de l\u2019animal au bifteck. C\u2019\u00e9tait assez r\u00e9volutionnaire \u00e0 une \u00e9poque par ailleurs marqu\u00e9e par diverses \u00e9pid\u00e9mies. Une deuxi\u00e8me soci\u00e9t\u00e9, Biocydex, s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans le domaine des biotechnologies, pilot\u00e9e par deux enseignants-chercheurs de l\u2019Universit\u00e9 de Poitiers, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 faciliter le drug delivery (vectorisation des principes actifs), en d\u00e9veloppant des mol\u00e9cules sp\u00e9cifiques qu\u2019on appelle mol\u00e9cules cages (cyclo dextrine). Je pourrais en citer d\u2019autres.<\/p>\n<h3>4. Quelle est la place de l&rsquo;universit\u00e9 dans l&rsquo;innovation?<\/h3>\n<p>Le r\u00f4le principal c\u2019est d\u2019encourager, d\u2019enthousiasmer, d\u2019accomagner \u00e9ventuellement les jeunes \u00e9tudiants dans le d\u00e9veloppement de leur culture entrepreuneuriale. L&rsquo;acte d\u2019entreprendre est quelque chose de tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral qui renvoie \u00e0 notre capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer dans un monde incertain. Aujourd\u2019hui, notre principale faiblesse en France, tous les indicateurs le d\u00e9montrent, c\u2019est que le choix d\u2019avoir r\u00e9solument bas\u00e9 le syst\u00e8me \u00e9ducatif sur une culture de l&rsquo;ing\u00e9nieurs (qui a eu sa pertinence dans l&rsquo;apr\u00e8s guerre pour reconstruire les grandes infrastructures nationales) n&rsquo;est plus adapt\u00e9 aux grands enjeux soci\u00e9taux. On demande \u00e0 des jeunes ou \u00e0 des moins jeunes d\u2019avoir la capacit\u00e9 de prendre des d\u00e9cisions dans un environnement incertain, or l\u2019ing\u00e9nieur a besoin du code de calcul qui va bien et de tous les param\u00e8tres qui alimentent le code de calcul, pour \u00e0 la fin d\u00e9terminer une feuille de route, ce qui est tout juste impossibe dans un environnement incertain. Il faut premi\u00e8rement r\u00e9habiliter le r\u00f4le de l\u2019intuition, au-del\u00e0 de la raison, puisqu\u2019on ne peut pas ma\u00eetriser l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019information, d\u00e8s lors qu\u2019on est dans l\u2019incertitude. Deuxi\u00e8mement, pour r\u00e9habiliter l\u2019intuition, il faut d\u00e9velopper une confiance en soi, une cr\u00e9ativit\u00e9 qui sont des valeurs qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9es de notre syst\u00e8me \u00e9ducatif d\u00e8s la maternelle. <strong>Quand un jeune un peu rebelle sort qui cadre, il est imm\u00e9diatement remis dans le cadre ou\/et sanctionn\u00e9, ce qui est une aberration totale et contredit totalement la culture entrepreneuriale o\u00f9 on demande \u00e0 un jeune ou \u00e0 un moins jeune de sortir du cadre, de prendre des risques, d\u2019explorer des situations de rupture.<\/strong> Troisi\u00e8mement, il faut que nos jeunes en formation d\u00e9veloppent leur capacit\u00e9 \u00e0 travailler en \u00e9quipe, \u00e0 collaborer. On en voit l\u2019\u00e9mergence, mais notre syst\u00e8me \u00e9ducatif, qui a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 sur l\u2019\u00e9litisme, c\u2019est-\u00e0-dire sur l\u2019exclusion de l\u2019autre parce qu\u2019on doit \u00eatre le meilleur comp\u00e9titeur. Aujourd\u2019hui, il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une aberration totale, dans un monde incertain o\u00f9 ce sont les interactions avec les autres qui cr\u00e9ent cette propri\u00e9t\u00e9 \u00e9mergente qu\u2019on appelle l\u2019intelligence collective. Donc il faut d\u00e9velopper sans tarder (et il y a des initiatives) la capacit\u00e9 \u00e0 interagir avec d&rsquo;autres dans le cadre de projets, pour b\u00e9n\u00e9ficier de cette inteligence collective, qui est une cl\u00e9, voire la seule cl\u00e9 qui permet d\u2019aller vers le succ\u00e8s. <strong>Il faut apprendre \u00e0 collaborer avec des profils diff\u00e9rents du sien, alors qu\u2019on a \u00e9duqu\u00e9 nos jeunes \u00e0 \u00eatre consanguins : plus on va dans les grandes \u00e9coles plus on est consanguin apr\u00e8s lorsqu\u2019on se trouve \u00e0 des postes de management dans les entreprises, ce qui constitue une faiblesse pour le d\u00e9veloppement.<\/strong> Il faut \u00e9galement apprendre \u00e0 collaborer dans un contexte multiculturel. Je pr\u00e9cise que le mode de travail en collaboratif n\u2019est pas du tout antinomique avec la dimension d\u2019autonomie qu\u2019on attend de chacun. Ce qu\u2019il faut vraiment savoir conjuguer, c\u2019est l\u2019autonomie et la collaboration : l\u2019ouverture aux autres, la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute, l\u2019empathie, le respect. C\u2019est aussi un mode de travail qui est aujourd\u2019hui absolument n\u00e9cessaire pour garantir le succ\u00e8s d\u2019un transfert technologique. Le client, le futur usager doivent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans l\u2019intelligence collective, d\u00e8s le d\u00e9part d\u2019un projet d\u2019innovation. <strong>Donc : cessons de former des b\u00eates \u00e0 concours, formons des jeunes qui soient ouverts les uns aux autres et qui soient dans l\u2019empathie et respectueux des diff\u00e9rences.<\/strong> Ce qui n\u2019est pas incompatible avec un enseignement de tr\u00e8s haute qualit\u00e9. Notre syst\u00e8me privil\u00e9gie la dimension du savoir sur celle de l\u2019\u00eatre. Il est temps d\u2019inverser la perspective.<\/p>\n<h3>4. Qu\u2019appelez-vous la dimension de l\u2019\u00eatre?<\/h3>\n<p>La dimension d\u2019\u00eatre correspond \u00e0 des valeurs que je qualifie d\u2019humaine voire spirituelles. C\u2019est-\u00e0-dire que dans ces dimensions d&rsquo;\u00eatre il y a des valeurs qui touchent \u00e0 la sph\u00e8re de l\u2019\u00e9motion, du sentiment, \u00e0 celle du comportement, de l\u2019action, et \u00e0 la sph\u00e8re de la r\u00e9flexion. Il y a donc trois dimensions de l\u2019\u00eatre : une dimension cognitive, une dimension sensitive, et une dimension active. Or aujourd\u2019hui, on voit que ces trois dimensions sont en permanence en opposition les unes par rapport aux autres. \u201cLe c\u0153ur a ses raisons que la raison ne conna\u00eet pas\u201d (Pascal) : c\u2019est excactement ce que l\u2019on observe aujourd\u2019hui, et cela cr\u00e9e des mal-\u00eatres, qui peuvent d\u00e9boucher sur des pathologies plus lourdes. Comment notre syst\u00e8me \u00e9ducatif peut-il r\u00e9habiliter et harmoniser ces trois dimensions de l\u2019\u00eatre humain, pour \u00e9vacuer le mal-\u00eatre. <strong>Comment faire pour transformer notre syst\u00e8me \u00e9ducatif, et au-del\u00e0 du syst\u00e8me \u00e9ducatif, notre soci\u00e9t\u00e9, pour introduire ces valeurs d\u2019\u00eatre qui sont un enjeu soci\u00e9tal majeur, puisqu\u2019on ne cesse aujourd\u2019ui de parler de la n\u00e9cessit\u00e9 de vivre ensemble.<\/strong><\/p>\n<p>Pour cela, il faut trouver un point d\u2019appui \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque individu \u2014 sans doute l\u2019un des myst\u00e8res de l\u2019\u00eatre les plus importants et les mieux pr\u00e9serv\u00e9s. Il a \u00e9t\u00e9 mis en exergue par diff\u00e9rentes civilisations et diff\u00e9rentes traditions. Quand on regarde l\u2019histoire de nos civilisations, lorsque celles-ci ont su r\u00e9habiliter, r\u00e9-enflammer ce point d\u2019appui pr\u00e9sent dans chaque individu, au-del\u00e0 des barri\u00e8res collectives et individuelles, en s\u2019en servant pour harmoniser les trois facteurs de notre facult\u00e9 de conscience, on a vu appara\u00eetre des soci\u00e9t\u00e9s qu\u2019on pourrait qualifier d\u2019id\u00e9ales, que ce soit en Orient ou en Occident, et ceci sur des milliers d\u2019ann\u00e9es. Ce point d\u2019appui, en Orient on l\u2019appelle le joyau dans le lotus. Au Moyen Orient on l\u2019appelle le d\u00e9p\u00f4t sacr\u00e9 que Dieu a confi\u00e9 \u00e0 l\u2019homme. Et, dans la tradition jud\u00e9o-chr\u00e9tienne, on l\u2019appelle le grain de s\u00e9nev\u00e9. C\u2019est cette dimension que je qualifierais de cach\u00e9e ou de secr\u00e8te qui est pr\u00e9sente en chaque individu, qui fait que celui-ci a naturellement une sensibilit\u00e9 \u00e0 la perfection, \u00e0 la beaut\u00e9, \u00e0 l\u2019amour, \u00e0 la libert\u00e9, \u00e0 la fraternit\u00e9.<\/p>\n<p>La vraie question, c\u2019est comment, alors que notre syst\u00e8me \u00e9ducatif et la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble ont oubli\u00e9 cette dimension que je qualifierais \u00e0 la fois de transcendante et d\u2019immanente, mais qui est pr\u00e9sente en tout homme, comment peut-on, sans rentrer, sans s&rsquo;enfermer dans le cadre restreint du dogme religieux, aujourd\u2019hui r\u00e9habiliter cette domension int\u00e9rieure que chacun poss\u00e8de? <strong>La voie qui permet cela est ce que je qualifie de spiritualit\u00e9. C\u2019est une voie totalement autonome, car chacun doit \u00eatre libre et autonome pour parcourir ce chemin que je qualifie d\u2019int\u00e9rieur. Mais c\u2019est aussi une voie collective.<\/strong><\/p>\n<p>Il ne pourra pas y avoir de d\u00e9veloppement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur le vivre ensemble, sur le respect int\u00e9gral de l\u2019autre tant que cette dimension int\u00e9rieure n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 red\u00e9couverte. Car, quand on d\u00e9couvre int\u00e9rieurement cette dimension, dans son \u00eatre, on la d\u00e9couvre comme par un effet d\u2019echo chez les autres. C\u2019est cette dimension qui d\u00e9passe les clivages individuels, les cultures, les formatages, les h\u00e9ritages, qui est au-del\u00e0 de tous ces cadres contraignants que chacun porte parfois comme un boulet ou comme une prison, c\u2019est cette dimension qui unifie les \u00eatres dans un mouvement spontan\u00e9.<strong> J\u2019ai l\u2019intime conviction que c\u2019est une n\u00e9cessit\u00e9 aujourd\u2019hui de red\u00e9couvrir l\u2019essence, la quintessence m\u00eame de la dimension humaine<\/strong>, qui est loin d\u2019\u00eatre un accident biologique dans l\u2019insondable histoire de l\u2019univers, consid\u00e9r\u00e9 comme un parcours lin\u00e9aire qui nous conduit de la naissance \u00e0 la mort, et que dans cette horizontalit\u00e9 il est vital de d\u00e9couvrir et d\u2019instaurer une verticalit\u00e9 : une authentique spiritualit\u00e9 qui lib\u00e8re, qui permet de d\u00e9couvrir des espaces de libert\u00e9 impressionnants, qui r\u00e9unit, qui unifie tout en gardant l\u2019extr\u00eame richesse de la diversit\u00e9, qui lib\u00e8re de tout dogme, qu\u2019il soit d\u2019ordre cognitif, qu\u2019il soit du domaine du savoir ou du religieux, qu\u2019il soit du domaine comportemental. Se lib\u00e9rer des dogmes est un imp\u00e9ratif, aujourd\u2019hui, qui permet de regarder l\u2019autre comme quelqu\u2019un qui peut nous enrichir, int\u00e9rieurement, plut\u00f4t que quelqu\u2019un qui nous fait peur par sa diff\u00e9rence. Ce sont l\u00e0 les fondements d\u2019une nouvelle soci\u00e9t\u00e9, qui devra imp\u00e9rativement \u00e9merger dans les d\u00e9cades \u00e0 venir, sous peine d\u2019une destruction caus\u00e9e par de graves conflits qui surgiront \u00e0 l\u2019avenir au niveau local, national ou international. On voit aujourd\u2019hui que le monde est entr\u00e9 dans un double mouvement, on le voit au niveau international : le repli identitaire, qu\u2019on observe aussi bien au niveau international que national, sur des valeurs obsol\u00e8tes, des valeurs anciennes, sur l\u2019exclusion de l\u2019autre, sur la peur de l\u2019autre, sur la fermeture de ses fronti\u00e8res. C\u2019est un mouvement qui s\u2019amplifie \u00e0 l\u2019heure actuelle. Il y a un contre-mouvement, qui pousse \u00e0 la red\u00e9couverte de l\u2019autre au-del\u00e0 de ses diff\u00e9rences, \u00e0 la capacit\u00e9 de l\u2019accepter, \u00e0 la capacit\u00e9 de vivre ensemble dans cette diversit\u00e9, \u00e0 la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper une intelligence collective, qui se nourrit de cette diversit\u00e9, qu\u2019elle soit culturelle, qu\u2019elle soit fond\u00e9e sur les exp\u00e9riences diversifi\u00e9es de chacun. Dans cette comp\u00e9tition aux enjeux majeurs, quel est le plateau de la balance qui va l\u2019emporter? Chacun de nous, nous devons \u00eatre un acteur pour faire en sorte que les valeurs d\u2019unit\u00e9, les valeurs qui permettent de d\u00e9velopper cette ouverture vers l\u2019autre, cette capacit\u00e9 de vivre ensemble, l\u2019emportent sur l\u2019exclusion, la peur et l\u2019angoisse des diff\u00e9rences.<\/p>\n<h3>5. Quels sont vos h\u00e9ros?<\/h3>\n<p>Paradoxalement, je dirais que je trouve mes h\u00e9ros dans ces constellations d\u2019individus qui ne se sont jamais consid\u00e9r\u00e9s comme des h\u00e9ros, qui ont red\u00e9couvert en eux-m\u00eame cette dimension, cette \u00e9tincelle lumineuse immanente et transcendante, et qui dans cette d\u00e9couverte sont rentr\u00e9s dans un forme de supr\u00eame abandon de soi et d\u2019humilit\u00e9 absolue, qui les a fait se mettre au service de cette construction d\u2019une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur ces valeurs d\u2019unit\u00e9 plut\u00f4t que d\u2019exclusion. Ces individus ont exist\u00e9 quelle que soit l\u2019\u00e9poque. J\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019\u00e9tudier pendant de nombreux mois une communaut\u00e9 informelle qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e au quatorzi\u00e8me si\u00e8cle, appel\u00e9e les Amis de Dieu, dans le cadre d\u2019un mouvement appel\u00e9 la mystique rh\u00e9nane. J\u2019y ai trouv\u00e9 des valeurs universelles, qui pourraient profond\u00e9ment nous faire r\u00e9fl\u00e9chir aujoud\u2019hui. Mais je les retrouve aussi chez Platon, quand il d\u00e9crit les fonctions de base de la construction de la cit\u00e9 dans la R\u00e9publique. Je les retrouve chez Pythagore, dans les communaut\u00e9s gnostiques du d\u00e9but du christianisme. Je les retrouve dans des courants de pens\u00e9e comme le catharisme, qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir du douzi\u00e8me si\u00e8cle dans le Languedoc, chez nous en France. On les retrouve dans les grandes pens\u00e9es alchimistes du seizi\u00e8me, chez les rosicruciens du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle. La vraie question, c\u2019est de savoir o\u00f9 sont ces individus aujourd\u2019hui? Ont-ils construit des ordres spirituels o\u00f9 chacun trouve cette autonomie, cette libert\u00e9, mais o\u00f9 il dispose \u00e9galement de la capacit\u00e9 de rencontrer d\u2019autres individus qui sont sur le m\u00eame chemin de la red\u00e9couverte de ces valeurs essentielles et fondatrices de ce que j\u2019ose appeler la v\u00e9ritable humanit\u00e9. Les h\u00e9ros ont exist\u00e9 de tous temps, \u00e0 toutes les \u00e9poques, sous tous les cieux, et il en existe tr\u00e8s probablement aujourd\u2019hui, qui oeuvrent avec humilit\u00e9 et discr\u00e9tion pour d\u00e9ployer ces valeurs authentiques, ces valeurs de la v\u00e9ritable humanit\u00e9.<\/p>\n<p>[\/et_pb_text][et_pb_cta admin_label=\u00a0\u00bbCFE Appel d&rsquo;action\u00a0\u00bb _builder_version=\u00a0\u00bb3.14&Prime; title=\u00a0\u00bbCalls for Expertise &amp; Innovation Contests\u00a0\u00bb button_text=\u00a0\u00bbGET STARTED\u00a0\u00bb button_url=\u00a0\u00bbhttps:\/\/presans.com\/contact\/\u00a0\u00bb background_image=\u00a0\u00bb\/wp-content\/uploads\/2018\/06\/cfe-1.jpg\u00a0\u00bb body_font=\u00a0\u00bb|800|||||||\u00a0\u00bb custom_button=\u00a0\u00bbon\u00a0\u00bb button_bg_color=\u00a0\u00bb#ffffff\u00a0\u00bb button_icon=\u00a0\u00bb%%40%%\u00a0\u00bb button_font=\u00a0\u00bb|800||on|||||\u00a0\u00bb header_font=\u00a0\u00bb|700||on|||||\u00a0\u00bb header_font_size=\u00a0\u00bb25&Prime; button_text_color=\u00a0\u00bb#182954&Prime; button_border_color=\u00a0\u00bb#ffffff\u00a0\u00bb button_text_size=\u00a0\u00bb17&Prime; custom_padding=\u00a0\u00bb|60px||60px\u00a0\u00bb saved_tabs=\u00a0\u00bball\u00a0\u00bb global_module=\u00a0\u00bb7257&Prime;]<\/p>\n<p>Inject&nbsp;on-demand expertise into industrial innovation projects to accelerate decision making and overcome technical and scientific obstacles<\/p>\n<p>[\/et_pb_cta][\/et_pb_column][\/et_pb_row][\/et_pb_section]<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><div class=\"et_pb_row et_pb_row_0 et_pb_row_empty\">\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t<\/div><div class=\"et_pb_module et_pb_text et_pb_text_0  et_pb_text_align_left et_pb_bg_layout_light\">\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t\t\n\t\t\t<\/div> Pierre Gohar est actuellement Directeur de l\u2019Innovation et des Relations avec les Entreprises \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris Saclay. Apr\u00e8s un d\u00e9but de carri\u00e8re dans la recherche au CEA, il explore le monde de l\u2019entrepreneuriat en fondant ou en accompagnant des startups technologiques. Il porte la conviction que notre soci\u00e9t\u00e9 vit une profonde mutation de valeurs [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":8,"featured_media":3770,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"on","_et_pb_old_content":"<p><em><strong>Pierre Gohar est actuellement Directeur de l\u2019Innovation et des Relations avec les Entreprises \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Paris Saclay. Apr\u00e8s un d\u00e9but de carri\u00e8re dans la recherche au CEA, il explore le monde de l\u2019entrepreneuriat en fondant ou en accompagnant des startups technologiques. Il porte la conviction que notre soci\u00e9t\u00e9 vit une profonde mutation de valeurs que nos organisations, et notamment nos organisations \u00e9ducatives, doivent imp\u00e9rativement int\u00e9grer dans leur fonctionnement. Il appr\u00e9hende enfin cette mutation comme une crise spirituelle, et se tourne vers la longue histoire des civilisations pour proposer ce qui se veut\u00a0une voie de sortie par le haut\u00a0de cette crise.<\/strong><\/em><\/p><p>\u00a0<\/p><h3>1. Quel parcours vous a amen\u00e9 au poste de Directeur de l'Innovation et des Relations avec les Entreprises \u00e0 l'Universit\u00e9 Paris Saclay?<\/h3><p><a href=\"http:\/\/open-organization.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/pierre-gohar.jpg\"><img class=\"size-full wp-image-3797 alignleft\" src=\"http:\/\/open-organization.com\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/pierre-gohar.jpg\" alt=\"pierre-gohar\" width=\"206\" height=\"204\" \/><\/a>J\u2019ai un parcours scientifique \u00e0 l\u2019origine. J\u2019ai fait une th\u00e8se \u00e0 l\u2019\u00c9cole des Mines, en g\u00e9nie des proc\u00e9d\u00e9s industriels. Puis j\u2019ai fait cinq ans de recherche au CEA. \u00c0 partir du d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, j\u2019ai franchi la limite entre recherche fondamentale et monde de l\u2019entreprise, et depuis cette p\u00e9riode je suis un acteur de l\u2019innovation, donc depuis plus de 25 ans. J\u2019ai touch\u00e9 un peu \u00e0 tout dans le monde de l\u2019innovation : accompagnement des PME sur des programmes innovants, cr\u00e9ation de startups, direction de l\u2019innovation au CEA, o\u00f9 j\u2019\u00e9tais directeur adjoint de l\u2019innovation, directeur de l\u2019innovation sur l\u2019ensemble du CNRS, aujourd\u2019hui l\u2019Universit\u00e9 de Paris-Saclay, et probablement demain un nouveau challenge que j\u2019ignore encore, ce qui est extr\u00eamement motivant. Mon expertise r\u00e9side dans l\u2019accompagnement d\u2019entreprises (PME-PMI) pour d\u00e9velopper un programme d\u2019innovation ; dans son financement ; dans l\u2019accompagnement de startups, de l\u2019identification de projet jusqu\u2019au d\u00e9veloppement ; dans la cr\u00e9ation et la consolidation d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes, surtout \u00e0 travers les interconnections et les interactions des dispositifs entre eux, qui sont plus importantes que les dispositifs eux-m\u00eames, pour fertiliser un territoire.<\/p><p>Aujourd\u2019hui je m\u2019occupe de l\u2019innovation \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Paris-Saclay. Nous avons travaill\u00e9 sur trois axes majeurs : 1) la relation industrielle. 2) Le transfert de technologie des r\u00e9sultats de recherche des laboratoires vers les entreprises (cr\u00e9ation d\u2019une flili\u00e8re d\u00e9di\u00e9e). 3) L\u2019entrepreneuriat \u00e9tudiant dont on ne parle pas suffisamment dans un milieux prestigieux de recherche et de formation, mais c\u2019est un \u00e9l\u00e9ment qui devient de plus en plus lisible et attractif. Une partie toujours plus importante des \u00e9tudiants, aujourd\u2019hui, s\u2019oriente vers l\u2019entrepreneuriat au motif que ce sont des initiatives qui ont du sens pour eux, que ce sont des projets sur lesquels ils peuvent travailler sur le mode du partage, je dirais m\u00eame : sur un mode solidaire. Ce sont des valeurs qu\u2019ils ne retrouvent plus dans le monde \u00e9conomique actuel, et \u00e0 ce propos je lance une alerte s\u00e9rieuse : si on ne prend pas en compte ces orientations de nos jeunes talents, on risque d\u2019avoir un ass\u00e8chement des candidatures \u00e0 l\u2019int\u00e9gration dans les gros bureaux d\u2019\u00e9tudes des grands groupes industriels. Et \u00e7a d\u00e9bouche sur une derni\u00e8re remarque : il est urgent que les modes de management et les valeurs sur lesquels se fondent les groupes industriels \u00e9voluent rapidement, sinon de moins en moins de talents iront s\u2019int\u00e9grer dans ces grandes structures industrielles.<\/p><h3>2. Comment s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e votre \u00e9volution vers le monde des entreprises au cours des ann\u00e9es 1990?<\/h3><p>J\u2019\u00e9tais dans un centre de recherche du CEA, et j\u2019ai vu une annonce un jour d\u2019une institution qui s\u2019appelait \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019ANVAR, qui est ensuite devenue OSEO puis BPI innovation, qui cherchait \u00e0 recruter des ing\u00e9nieurs \u00e0 forte culture technologique. Parall\u00e8lement, en 1990, le CEA avait lanc\u00e9 un programme de d\u00e9tachement de quelques ing\u00e9nieurs dans les d\u00e9l\u00e9gations r\u00e9gionales de ll\u2019ANVAR pour s\u2019approprier la culture du monde des PME, pour apr\u00e8s faire revenir ces ing\u00e9nieurs en interne et leur donner des postes d\u00e9di\u00e9s au transfert de technologie et \u00e0 l\u2019innovation. J\u2019ai candidat\u00e9, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 \u2014 ce qui a irrit\u00e9 la direction du centre de recherche, puisque j\u2019avais un programme \u00e0 d\u00e9velopper au Commissariat \u00e0 l\u2019Energie Atomique \u2014 et je me suis \u00e9norm\u00e9ment plu dans cette nouvelle mission d\u2019aller rencontrer des PME PMI, d\u2019identifier leurs probl\u00e9matiques ou leurs besoins en innovation, et apr\u00e8s de les accompagner jusqu\u2019\u00e0 la mise en route et au d\u00e9veloppement de ces programmes, avec une forte composante financi\u00e8re, puisque l\u2019objectif reste quand m\u00eame, pour la PME, de faire du chiffre d\u2019affaire. Et donc il fallait mesurer tr\u00e8s t\u00f4t l\u2019impact de l\u2019innovation sur la croissance du chiffre d\u2019affaires.<\/p><p>J\u2019\u00e9tais en Poitou-Charente, un territoire qui au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 avait quelques p\u00e9pites th\u00e9matiques : je pense \u00e0 l\u2019image, avec la bande dessin\u00e9e \u00e0 Angoul\u00eame, au nautisme, du c\u00f4t\u00e9 de Rochefort, au feutres et textiles, toujours du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Angoul\u00eame, \u00e0 la sous-traitance m\u00e9canique et a\u00e9ronautique sur l\u2019axe Ch\u00e2tellerault-Tours. Il fallait accompagner et d\u00e9velopper la dynamique d\u2019excellence des \u00e9quipes qui animaient ces p\u00e9pites. C\u2019est cette exp\u00e9rience qui a implant\u00e9 dans ma conscience une petite graine d\u2019entrepreneur. L\u2019aventure s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e en 1995, quand l\u2019\u00c9cole des Mines a d\u00e9cid\u00e9 de faire un transfert de technologie vers un grand groupe industriel, \u00e0 partir de proc\u00e9d\u00e9s que l\u2019\u00c9cole des Mines avait d\u00e9velopp\u00e9. Un ancien camarade m\u2019a appel\u00e9 pour m\u2019en parler et \u00e0 ce moment j\u2019ai eu l\u2019intuition au niveau tripal que cette opportunit\u00e9 \u00e9tait pour moi. J\u2019ai cr\u00e9\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 New Option Wood (NOW), dont l\u2019objet \u00e9tait de traiter un bois \u00e0 tr\u00e8s haute temp\u00e9rature sous une atmosph\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e, dans un r\u00e9acteur (un gros four, pour parler plus classiquement), pour lui conf\u00e9rer des propri\u00e9t\u00e9s d\u2019imputrescibilit\u00e9, de r\u00e9sistance \u00e0 la bio-d\u00e9gradation, et de stabilit\u00e9 dimensionnelle (ce qui l\u2019une des faiblesses du bois \u00e0 l\u2019heure actuelle, notamment dans des conditions d\u2019humidit\u00e9 : au contact avec le sol, il pourrit). L\u2019id\u00e9e \u00e9tait de prendre des bois indig\u00e8nes, le peuplier ou le pin maritime, et de leur donner des propri\u00e9t\u00e9s qu\u2019ils n\u2019ont pas naturellement. Ce proc\u00e9d\u00e9, au milieu des ann\u00e9es 1990, \u00e9tait un proc\u00e9d\u00e9 propre, thermique, et proposait une alternative au traitement chimique du bois, qui comportait de l\u2019arsenic. Le projet s\u2019est tr\u00e8s bien d\u00e9velop\u00e9, avec beaucoup de perspectives internationales, deux sites industriels construits en trois ans. Physiquement lessiv\u00e9, j\u2019ai revenu mes actions au bout de trois ans (en 1998), gagnant un peu d\u2019argent, et c\u2019est \u00e0 ce moment que le CEA m\u2019a rappel\u00e9 pour me confier le poste de directeur adjoint de l\u2019innovation sur l\u2019ensemble du CEA. Ces trois ans de startup m\u2019ont sans doute le plus appris : notamment dans les domaines de l'action commerciale et de l'ing\u00e9ni\u00e9rie industrielle. Cette exp\u00e9rience m\u2019a \u00e9norm\u00e9ment servie pour ensuite d\u00e9velopper les relations au sein du CEA. Le CEA est aujourd\u2019hui sans doute le seul organisme de recherche en France qui a cette politique de valorisation quand ses cadres sup\u00e9rieurs vont \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur puis reviennent avec une exp\u00e9rience atypique. C\u2019est aujourd\u2019hui l\u2019organisme qui a sans doute la plus forte culture industrielle en France, parmi les organismes de recherche. Apr\u00e8s trois ans \u00e0 ce poste de direction adjointe de la valorisation au CEA, donc vers le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, le gouvernement a lanc\u00e9 un appel d\u2019offre pour la construction d\u2019incubateurs\n de startups, dans le cadre de la loi de l'innovation (All\u00e8gre), et le CEA m\u2019a demand\u00e9 de travailler sur le montage de plusieurs incubateurs territoriaux dans lesquels le CEA \u00e9tait impliqu\u00e9. Paradoxalement, j\u2019ai candidat\u00e9 \u00e0 la direction de ces incubateurs et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 accept\u00e9 en Poitou-Charente, une r\u00e9gion que j\u2019avais connue quand j\u2019\u00e9tais \u00e0 l\u2019ANVAR, mais o\u00f9 le CEA n\u2019avait pas de centre. Donc je suis parti cr\u00e9er un incubateur de startups technologiques en partant de z\u00e9ro. J\u2019ai re\u00e7u un exceptionnel appui de la part de l\u2019Universit\u00e9 de Poitiers, de l\u2019Universit\u00e9 de La Rochelle, de toutes les collectivit\u00e9s territoriales, dont le Conseil r\u00e9gional, tr\u00e8s moteur dans la naissance de ce dispositif. C\u2019est le plus long segment de mon parcours professionnel, puisque je suis rest\u00e9 sept ans \u00e0 la direction de cet incubateur (\u00c9tincel). J\u2019ai constitu\u00e9 une \u00e9quipe, on a constitu\u00e9 des antennes dans les diff\u00e9rentes capitales r\u00e9gionales. On a vu 300 projets environ et on a cr\u00e9\u00e9 60 startups en l\u2019espace de 7 ans. J\u2019ai failli partir en Direction G\u00e9n\u00e9rale de trois de ces startups, sur proposition des \u00e9quipes de pilotage. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, on avait mis en place une m\u00e9thode d\u2019accompagnement, qui s\u2019appelait Via Designer, qu\u2019on avait co-d\u00e9velopp\u00e9e avec Via Neo, une soci\u00e9t\u00e9 que j\u2019ai co-fond\u00e9e. Cette m\u00e9thode est fond\u00e9e sur l\u2019it\u00e9ration d\u2019une posture techno-march\u00e9, de telle sorte que quand le startuppeur confirme son application, il a parfaitement identifi\u00e9 les fonctionnalit\u00e9s qui correspondent aux besoins de ses futurs clients. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, ce qui dominait dans le transfert de technologie \u00e9tait plut\u00f4t une culture d\u2019ing\u00e9nieurs : on allait jusqu\u2019au prototype qu\u2019on allait vendre au client sans m\u00eame s\u2019\u00eatre souci\u00e9 de ses besoins, a fortiori des usages ou de l\u2019exp\u00e9rience utilisateur. Maintenant, les perceptions ont chang\u00e9.<\/p><h3>3. Parmi les p\u00e9pites incub\u00e9es, lesquelles ont particuli\u00e8rement bien perc\u00e9?<\/h3><p>L\u2019accompagnement de projets est avant tout une aventure humaine. J\u2019ai rencontr\u00e9 des jeunes, des moins jeunes, des talents exceptionnels, avec des valeurs, avec des enthousiasmes, des interrogations. J\u2019ai gard\u00e9 \u00e9norm\u00e9ment de relations amicales avec ces \u00e9quipes. Il y a quelques projets qui se sont vraiment tr\u00e8s bien d\u00e9velopp\u00e9s. Je pense \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 La Rochelle par deux femmes docteurs scientifiques, Genindex, qui d\u00e8s les ann\u00e9es 2000 a commercialis\u00e9 un kit d\u2019analyse ADN pour le monde agricole (\u00e9levage), permettant la tra\u00e7abilit\u00e9 de l\u2019animal au bifteck. C\u2019\u00e9tait assez r\u00e9volutionnaire \u00e0 une \u00e9poque par ailleurs marqu\u00e9e par diverses \u00e9pid\u00e9mies. Une deuxi\u00e8me soci\u00e9t\u00e9, Biocydex, s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans le domaine des biotechnologies, pilot\u00e9e par deux enseignants-chercheurs de l\u2019Universit\u00e9 de Poitiers, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 faciliter le drug delivery (vectorisation des principes actifs), en d\u00e9veloppant des mol\u00e9cules sp\u00e9cifiques qu\u2019on appelle mol\u00e9cules cages (cyclo dextrine). Je pourrais en citer d\u2019autres.<\/p><h3>4. Quelle est la place de l'universit\u00e9 dans l'innovation?<\/h3><p>Le r\u00f4le principal c\u2019est d\u2019encourager, d\u2019enthousiasmer, d\u2019accomagner \u00e9ventuellement les jeunes \u00e9tudiants dans le d\u00e9veloppement de leur culture entrepreuneuriale. L'acte d\u2019entreprendre est quelque chose de tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ral qui renvoie \u00e0 notre capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9voluer dans un monde incertain. Aujourd\u2019hui, notre principale faiblesse en France, tous les indicateurs le d\u00e9montrent, c\u2019est que le choix d\u2019avoir r\u00e9solument bas\u00e9 le syst\u00e8me \u00e9ducatif sur une culture de l'ing\u00e9nieurs (qui a eu sa pertinence dans l'apr\u00e8s guerre pour reconstruire les grandes infrastructures nationales) n'est plus adapt\u00e9 aux grands enjeux soci\u00e9taux. On demande \u00e0 des jeunes ou \u00e0 des moins jeunes d\u2019avoir la capacit\u00e9 de prendre des d\u00e9cisions dans un environnement incertain, or l\u2019ing\u00e9nieur a besoin du code de calcul qui va bien et de tous les param\u00e8tres qui alimentent le code de calcul, pour \u00e0 la fin d\u00e9terminer une feuille de route, ce qui est tout juste impossibe dans un environnement incertain. Il faut premi\u00e8rement r\u00e9habiliter le r\u00f4le de l\u2019intuition, au-del\u00e0 de la raison, puisqu\u2019on ne peut pas ma\u00eetriser l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de l\u2019information, d\u00e8s lors qu\u2019on est dans l\u2019incertitude. Deuxi\u00e8mement, pour r\u00e9habiliter l\u2019intuition, il faut d\u00e9velopper une confiance en soi, une cr\u00e9ativit\u00e9 qui sont des valeurs qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9es de notre syst\u00e8me \u00e9ducatif d\u00e8s la maternelle. <strong>Quand un jeune un peu rebelle sort qui cadre, il est imm\u00e9diatement remis dans le cadre ou\/et sanctionn\u00e9, ce qui est une aberration totale et contredit totalement la culture entrepreneuriale o\u00f9 on demande \u00e0 un jeune ou \u00e0 un moins jeune de sortir du cadre, de prendre des risques, d\u2019explorer des situations de rupture.<\/strong> Troisi\u00e8mement, il faut que nos jeunes en formation d\u00e9veloppent leur capacit\u00e9 \u00e0 travailler en \u00e9quipe, \u00e0 collaborer. On en voit l\u2019\u00e9mergence, mais notre syst\u00e8me \u00e9ducatif, qui a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 sur l\u2019\u00e9litisme, c\u2019est-\u00e0-dire sur l\u2019exclusion de l\u2019autre parce qu\u2019on doit \u00eatre le meilleur comp\u00e9titeur. Aujourd\u2019hui, il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une aberration totale, dans un monde incertain o\u00f9 ce sont les interactions avec les autres qui cr\u00e9ent cette propri\u00e9t\u00e9 \u00e9mergente qu\u2019on appelle l\u2019intelligence collective. Donc il faut d\u00e9velopper sans tarder (et il y a des initiatives) la capacit\u00e9 \u00e0 interagir avec d'autres dans le cadre de projets, pour b\u00e9n\u00e9ficier de cette inteligence collective, qui est une cl\u00e9, voire la seule cl\u00e9 qui permet d\u2019aller vers le succ\u00e8s. <strong>Il faut apprendre \u00e0 collaborer avec des profils diff\u00e9rents du sien, alors qu\u2019on a \u00e9duqu\u00e9 nos jeunes \u00e0 \u00eatre consanguins : plus on va dans les grandes \u00e9coles plus on est consanguin apr\u00e8s lorsqu\u2019on se trouve \u00e0 des postes de management dans les entreprises, ce qui constitue une faiblesse pour le d\u00e9veloppement.<\/strong> Il faut \u00e9galement apprendre \u00e0 collaborer dans un contexte multiculturel. Je pr\u00e9cise que le mode de travail en collaboratif n\u2019est pas du tout antinomique avec la dimension d\u2019autonomie qu\u2019on attend de chacun. Ce qu\u2019il faut vraiment savoir conjuguer, c\u2019est l\u2019autonomie et la collaboration : l\u2019ouverture aux autres, la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9coute, l\u2019empathie, le respect. C\u2019est aussi un mode de travail qui est aujourd\u2019hui absolument n\u00e9cessaire pour garantir le succ\u00e8s d\u2019un transfert technologique. Le client, le futur usager doivent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s dans l\u2019intelligence collective, d\u00e8s le d\u00e9part d\u2019un projet d\u2019innovation. <strong>Donc : cessons de former des b\u00eates \u00e0 concours, formons des jeunes qui soient ouverts les uns aux autres et qui soient dans l\u2019empathie et respectueux des diff\u00e9rences.<\/strong> Ce qui n\u2019est pas incompatible avec un enseignement de tr\u00e8s haute qualit\u00e9. Notre syst\u00e8me privil\u00e9gie la dimension du savoir sur celle de l\u2019\u00eatre. Il est temps d\u2019inverser la perspective.<\/p><h3>4. Qu\u2019appelez-vous la dimension de l\u2019\u00eatre?<\/h3><p>La dimension d\u2019\u00eatre correspond \u00e0 des valeurs que je qualifie d\u2019humaine voire spirituelles. C\u2019est-\u00e0-dire que dans ces dimensions d'\u00eatre il y a des valeurs qui touchent \u00e0 la sph\u00e8re de l\u2019\u00e9motion, du sentiment, \u00e0 celle du comportement, de l\u2019action, et \u00e0 la sph\u00e8re de la r\u00e9flexion. Il y a donc trois dimensions de l\u2019\u00eatre : une dimension cognitive, une dimension sensitive, et une dimension active. Or aujourd\u2019hui, on voit que ces trois dimensions sont en permanence en opposition les unes par rapport aux autres. \u201cLe c\u0153ur a ses raisons que la raison ne conna\u00eet pas\u201d (Pascal) : c\u2019est excactement ce que l\u2019on observe aujourd\u2019hui, et cela cr\u00e9e des mal-\u00eatres, qui peuvent d\u00e9boucher sur des pathologies plus lourdes. Comment notre syst\u00e8me \u00e9ducatif peut-il r\u00e9habiliter et harmoniser ces trois dimensions de l\u2019\u00eatre humain, pour \u00e9vacuer le mal-\u00eatre. <strong>Comment faire pour transformer notre syst\u00e8me \u00e9ducatif, et au-del\u00e0 du syst\u00e8me \u00e9ducatif, notre soci\u00e9t\u00e9, pour introduire ces valeurs d\u2019\u00eatre qui sont un enjeu soci\u00e9tal m\najeur, puisqu\u2019on ne cesse aujourd\u2019ui de parler de la n\u00e9cessit\u00e9 de vivre ensemble.<\/strong><\/p><p>Pour cela, il faut trouver un point d\u2019appui \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque individu \u2014 sans doute l\u2019un des myst\u00e8res de l\u2019\u00eatre les plus importants et les mieux pr\u00e9serv\u00e9s. Il a \u00e9t\u00e9 mis en exergue par diff\u00e9rentes civilisations et diff\u00e9rentes traditions. Quand on regarde l\u2019histoire de nos civilisations, lorsque celles-ci ont su r\u00e9habiliter, r\u00e9-enflammer ce point d\u2019appui pr\u00e9sent dans chaque individu, au-del\u00e0 des barri\u00e8res collectives et individuelles, en s\u2019en servant pour harmoniser les trois facteurs de notre facult\u00e9 de conscience, on a vu appara\u00eetre des soci\u00e9t\u00e9s qu\u2019on pourrait qualifier d\u2019id\u00e9ales, que ce soit en Orient ou en Occident, et ceci sur des milliers d\u2019ann\u00e9es. Ce point d\u2019appui, en Orient on l\u2019appelle le joyau dans le lotus. Au Moyen Orient on l\u2019appelle le d\u00e9p\u00f4t sacr\u00e9 que Dieu a confi\u00e9 \u00e0 l\u2019homme. Et, dans la tradition jud\u00e9o-chr\u00e9tienne, on l\u2019appelle le grain de s\u00e9nev\u00e9. C\u2019est cette dimension que je qualifierais de cach\u00e9e ou de secr\u00e8te qui est pr\u00e9sente en chaque individu, qui fait que celui-ci a naturellement une sensibilit\u00e9 \u00e0 la perfection, \u00e0 la beaut\u00e9, \u00e0 l\u2019amour, \u00e0 la libert\u00e9, \u00e0 la fraternit\u00e9.<\/p><p>La vraie question, c\u2019est comment, alors que notre syst\u00e8me \u00e9ducatif et la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble ont oubli\u00e9 cette dimension que je qualifierais \u00e0 la fois de transcendante et d\u2019immanente, mais qui est pr\u00e9sente en tout homme, comment peut-on, sans rentrer, sans s'enfermer dans le cadre restreint du dogme religieux, aujourd\u2019hui r\u00e9habiliter cette domension int\u00e9rieure que chacun poss\u00e8de? <strong>La voie qui permet cela est ce que je qualifie de spiritualit\u00e9. C\u2019est une voie totalement autonome, car chacun doit \u00eatre libre et autonome pour parcourir ce chemin que je qualifie d\u2019int\u00e9rieur. Mais c\u2019est aussi une voie collective.<\/strong><\/p><p>Il ne pourra pas y avoir de d\u00e9veloppement d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur le vivre ensemble, sur le respect int\u00e9gral de l\u2019autre tant que cette dimension int\u00e9rieure n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 red\u00e9couverte. Car, quand on d\u00e9couvre int\u00e9rieurement cette dimension, dans son \u00eatre, on la d\u00e9couvre comme par un effet d\u2019echo chez les autres. C\u2019est cette dimension qui d\u00e9passe les clivages individuels, les cultures, les formatages, les h\u00e9ritages, qui est au-del\u00e0 de tous ces cadres contraignants que chacun porte parfois comme un boulet ou comme une prison, c\u2019est cette dimension qui unifie les \u00eatres dans un mouvement spontan\u00e9.<strong> J\u2019ai l\u2019intime conviction que c\u2019est une n\u00e9cessit\u00e9 aujourd\u2019hui de red\u00e9couvrir l\u2019essence, la quintessence m\u00eame de la dimension humaine<\/strong>, qui est loin d\u2019\u00eatre un accident biologique dans l\u2019insondable histoire de l\u2019univers, consid\u00e9r\u00e9 comme un parcours lin\u00e9aire qui nous conduit de la naissance \u00e0 la mort, et que dans cette horizontalit\u00e9 il est vital de d\u00e9couvrir et d\u2019instaurer une verticalit\u00e9 : une authentique spiritualit\u00e9 qui lib\u00e8re, qui permet de d\u00e9couvrir des espaces de libert\u00e9 impressionnants, qui r\u00e9unit, qui unifie tout en gardant l\u2019extr\u00eame richesse de la diversit\u00e9, qui lib\u00e8re de tout dogme, qu\u2019il soit d\u2019ordre cognitif, qu\u2019il soit du domaine du savoir ou du religieux, qu\u2019il soit du domaine comportemental. Se lib\u00e9rer des dogmes est un imp\u00e9ratif, aujourd\u2019hui, qui permet de regarder l\u2019autre comme quelqu\u2019un qui peut nous enrichir, int\u00e9rieurement, plut\u00f4t que quelqu\u2019un qui nous fait peur par sa diff\u00e9rence. Ce sont l\u00e0 les fondements d\u2019une nouvelle soci\u00e9t\u00e9, qui devra imp\u00e9rativement \u00e9merger dans les d\u00e9cades \u00e0 venir, sous peine d\u2019une destruction caus\u00e9e par de graves conflits qui surgiront \u00e0 l\u2019avenir au niveau local, national ou international. On voit aujourd\u2019hui que le monde est entr\u00e9 dans un double mouvement, on le voit au niveau international : le repli identitaire, qu\u2019on observe aussi bien au niveau international que national, sur des valeurs obsol\u00e8tes, des valeurs anciennes, sur l\u2019exclusion de l\u2019autre, sur la peur de l\u2019autre, sur la fermeture de ses fronti\u00e8res. C\u2019est un mouvement qui s\u2019amplifie \u00e0 l\u2019heure actuelle. Il y a un contre-mouvement, qui pousse \u00e0 la red\u00e9couverte de l\u2019autre au-del\u00e0 de ses diff\u00e9rences, \u00e0 la capacit\u00e9 de l\u2019accepter, \u00e0 la capacit\u00e9 de vivre ensemble dans cette diversit\u00e9, \u00e0 la possibilit\u00e9 de d\u00e9velopper une intelligence collective, qui se nourrit de cette diversit\u00e9, qu\u2019elle soit culturelle, qu\u2019elle soit fond\u00e9e sur les exp\u00e9riences diversifi\u00e9es de chacun. Dans cette comp\u00e9tition aux enjeux majeurs, quel est le plateau de la balance qui va l\u2019emporter? Chacun de nous, nous devons \u00eatre un acteur pour faire en sorte que les valeurs d\u2019unit\u00e9, les valeurs qui permettent de d\u00e9velopper cette ouverture vers l\u2019autre, cette capacit\u00e9 de vivre ensemble, l\u2019emportent sur l\u2019exclusion, la peur et l\u2019angoisse des diff\u00e9rences.<\/p><h3>5. Quels sont vos h\u00e9ros?<\/h3><p>Paradoxalement, je dirais que je trouve mes h\u00e9ros dans ces constellations d\u2019individus qui ne se sont jamais consid\u00e9r\u00e9s comme des h\u00e9ros, qui ont red\u00e9couvert en eux-m\u00eame cette dimension, cette \u00e9tincelle lumineuse immanente et transcendante, et qui dans cette d\u00e9couverte sont rentr\u00e9s dans un forme de supr\u00eame abandon de soi et d\u2019humilit\u00e9 absolue, qui les a fait se mettre au service de cette construction d\u2019une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur ces valeurs d\u2019unit\u00e9 plut\u00f4t que d\u2019exclusion. Ces individus ont exist\u00e9 quelle que soit l\u2019\u00e9poque. J\u2019ai eu l\u2019occasion d\u2019\u00e9tudier pendant de nombreux mois une communaut\u00e9 informelle qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e au quatorzi\u00e8me si\u00e8cle, appel\u00e9e les Amis de Dieu, dans le cadre d\u2019un mouvement appel\u00e9 la mystique rh\u00e9nane. J\u2019y ai trouv\u00e9 des valeurs universelles, qui pourraient profond\u00e9ment nous faire r\u00e9fl\u00e9chir aujoud\u2019hui. Mais je les retrouve aussi chez Platon, quand il d\u00e9crit les fonctions de base de la construction de la cit\u00e9 dans la R\u00e9publique. Je les retrouve chez Pythagore, dans les communaut\u00e9s gnostiques du d\u00e9but du christianisme. Je les retrouve dans des courants de pens\u00e9e comme le catharisme, qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 \u00e0 partir du douzi\u00e8me si\u00e8cle dans le Languedoc, chez nous en France. On les retrouve dans les grandes pens\u00e9es alchimistes du seizi\u00e8me, chez les rosicruciens du dix-septi\u00e8me si\u00e8cle. La vraie question, c\u2019est de savoir o\u00f9 sont ces individus aujourd\u2019hui? Ont-ils construit des ordres spirituels o\u00f9 chacun trouve cette autonomie, cette libert\u00e9, mais o\u00f9 il dispose \u00e9galement de la capacit\u00e9 de rencontrer d\u2019autres individus qui sont sur le m\u00eame chemin de la red\u00e9couverte de ces valeurs essentielles et fondatrices de ce que j\u2019ose appeler la v\u00e9ritable humanit\u00e9. Les h\u00e9ros ont exist\u00e9 de tous temps, \u00e0 toutes les \u00e9poques, sous tous les cieux, et il en existe tr\u00e8s probablement aujourd\u2019hui, qui oeuvrent avec humilit\u00e9 et discr\u00e9tion pour d\u00e9ployer ces valeurs authentiques, ces valeurs de la v\u00e9ritable humanit\u00e9.<\/p>","_et_gb_content_width":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[248,295,836,861,1314],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3628"}],"collection":[{"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/8"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3628"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3628\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/3770"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3628"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3628"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3628"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}