{"id":2910,"date":"2016-03-24T11:41:12","date_gmt":"2016-03-24T10:41:12","guid":{"rendered":"http:\/\/open-organization.com\/?p=2910"},"modified":"2016-03-24T11:41:12","modified_gmt":"2016-03-24T10:41:12","slug":"francais-comment-ce-fait-il-quen-depit-du-temps-je-demeure-le-meme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/2016\/03\/24\/francais-comment-ce-fait-il-quen-depit-du-temps-je-demeure-le-meme\/","title":{"rendered":"Comment se fait-il qu\u2019en d\u00e9pit du temps je demeure le m\u00eame ?"},"content":{"rendered":"<p><\/p>\n<pre>Il y a quelques jours, je mettais de l'ordre dans le grenier de mes parents et je suis tomb\u00e9 sur le texte ci-dessous. C'est une de mes dissertations de philosophie. R\u00e9dig\u00e9e il y a exactement 20 ans, jour pour jour, alors que j'avais 17 ans. Le progr\u00e8s est \u00e0 l'innovation, ce que le Je est au Moi.<\/pre>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>J&rsquo;ai chang\u00e9! Une phrase qui semble anodine, mais si nous l\u2019observons de plus pr\u00e8s, elle appara\u00eet alors comme paradoxale : si j\u2019avais r\u00e9ellement chang\u00e9, dans mon int\u00e9gralit\u00e9, je ne pourrais pas m\u2019en rendre compte, je ne pourrais pas relier ces changements \u00e0 l\u2019unit\u00e9, \u00e0 la pr\u00e9sence d\u2019un Je. Ce paradoxe peut mener \u00e0 se poser la question suivante : comment ce fait-il qu\u2019en d\u00e9pit du temps je demeure le m\u00eame\u00a0? Avant de commencer une \u00e9tude approfondie de cette question, il serait bon de d\u00e9finir certains termes n\u00e9cessaires \u00e0 une bonne compr\u00e9hension de celle-ci. Les deux mots importants sont <em>temps<\/em> et <em>Je<\/em>. Le temps se d\u00e9finit tout d\u2019une part comme un milieu ind\u00e9fini, analogue \u00e0 l\u2019espace, dans lequel les \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9roulent. Il se d\u00e9finit d\u2019autre part comme le temps qui passe, qui provoque des changements irr\u00e9versibles, et qui transforme le pr\u00e9sent en pass\u00e9. Il est clair que dans notre \u00e9tude, il s\u2019agira de cette seconde d\u00e9finition. Par ailleurs, le <em>Je<\/em> se d\u00e9finit ordinairement comme le pronom personnel de la premi\u00e8re personne du singulier. Dans notre analyse, il s\u2019agira du principe auquel l\u2019individu rapporte ses \u00e9tats, ses actes et ses d\u00e9cisions. Cette d\u00e9finition est relativement succincte, mais nous aurons largement l\u2019occasion de la d\u00e9velopper.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me philosophique pos\u00e9 par cette question est de savoir si, malgr\u00e9 les transformations apport\u00e9es par le temps, il y a identit\u00e9 de la personne, ou si la persistance du <em>Je <\/em>est uniquement verbale. L\u2019enjeu de cette \u00e9tude est de voir que malgr\u00e9 le temps qui passe il existe bien une identit\u00e9 du <em>Je <\/em>qui n\u2019est pas uniquement grammaticale. Pour que notre \u00e9tude soit m\u00e9thodique, nous tenterons de r\u00e9pondre successivement \u00e0 ces trois questions : que transforme le temps\u00a0? Que sont le <em>Je <\/em>et le <em>Moi\u00a0<\/em>? Que devient le <em>Je<\/em> face aux changements apport\u00e9s par le temps\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Qu&rsquo;est ce donc que le temps\u00a0? Si personne ne me le demande, je le sais\u00a0; mais si on me le demande et que je veuille l&rsquo;expliquer, je ne sais plus\u00a0\u00bb, c&rsquo;est ce qu&rsquo;\u00e9crit Saint Augustin dans <u>Les Confessions<\/u>. Le temps transforme le pr\u00e9sent en pass\u00e9, et il est irr\u00e9versible, contrairement \u00e0 l&rsquo;espace qui est r\u00e9versible : je peux faire le trajet Dole-Paris aussi bien que le trajet Paris-Dole, alors que l&rsquo;on ne peut pas retourner dans le pass\u00e9. Tous les changements apport\u00e9s par le temps sont irr\u00e9versibles. \u00ab\u00a0On ne saurait se baigner deux fois dans le m\u00eame fleuve\u00a0\u00bb pensait H\u00e9raclite. Tout d&rsquo;abord, le temps modifie la mati\u00e8re, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment en ce qui concerne l&rsquo;homme il transforme le physique. Il est inutile de d\u00e9tailler ceci, en effet tout le monde a d\u00e9j\u00e0 remarqu\u00e9 que le temps fait vieillir et que ceci se traduit par de nombreuses modifications physiques qui sont irr\u00e9versibles. Le temps entra\u00eene aussi des modifications en ce qui concerne la personnalit\u00e9 de quelqu&rsquo;un. En effet, au cours des ann\u00e9es, en fonction de nombreux param\u00e8tres, on change d&rsquo;opinion, d&rsquo;avis, de sentiments. Donc si le temps modifie et le physique et le caract\u00e8re d&rsquo;une personne, il la modifie alors dans son int\u00e9gralit\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant n&rsquo;y a-t-il pas quelque chose de constant chez l&rsquo;homme\u00a0? N&rsquo;y a-t-il pas quelque chose que le temps ne saurait modifier\u00a0? Du point de vue physique, il y a des constantes. Tout d&rsquo;abord au niveau biologique : l&#8217;empreinte g\u00e9n\u00e9tique et les neurones restent les m\u00eames toute la vie. Et plus au niveau de ce qui est visible, des traits du visage ne changent jamais, sinon comment reconna\u00eetrions-nous quelqu&rsquo;un que nous n\u2019avons pas vu depuis des ann\u00e9es\u00a0? Nous le reconnaissons bien qu&rsquo;il se soit laiss\u00e9 pousser la barbe et qu&rsquo;il ait un peu vieilli. Il en va de m\u00eame pour la personnalit\u00e9, en effet elle comporte aussi des constantes qui ne sont pas atteintes par le temps qui passe et qui transforme tout.<\/p>\n<p>R\u00e9sumons-nous, bien que le temps qui passe transforme et modifie tout, le physique et la personnalit\u00e9, il reste toujours des constantes. Les changements affectent plus particuli\u00e8rement le <em>Moi<\/em>, et le <em>Je <\/em>effectue la synth\u00e8se de ceci. Mais avant d&rsquo;\u00e9tablir le <em>Moi<\/em> et le <em>Je<\/em> face aux changements, tentons de d\u00e9finir correctement ces deux notions.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, int\u00e9ressons-nous aux d\u00e9finitions du <em>Moi <\/em>et du <em>Je<\/em>. Ces d\u00e9finitions sont assez similaires : le <em>Moi <\/em>est soumis \u00e0 des changements, alors que le <em>Je <\/em>demeure constant. Le <em>Je <\/em>est une r\u00e9alit\u00e9 permanente, il est le support de tous nos \u00e9tats, sauf dans le cas de certaines maladies (d\u00e9doublement de personnalit\u00e9&#8230;). Le <em>Je <\/em>est unique et immuable, tandis que le <em>Moi <\/em>est sujet \u00e0 de multiples changements, et c&rsquo;est le <em>Je <\/em>qui a conscience du <em>Moi<\/em>. D&rsquo;ailleurs W. James d\u00e9clare dans <u>Pr\u00e9cis de philosophie<\/u> qu\u2019en \u00ab\u00a0m\u00eame temps que je pense, j&rsquo;ai plus ou moins conscience de <em>Moi<\/em>, si bien que ma personnalit\u00e9 totale est comme double, \u00e9tant \u00e0 la fois le sujet connaissant et l&rsquo;objet connu\u00a0\u00bb. Pour certaines philosophies, les d\u00e9finitions de ces deux termes s\u2019inversent, par exemple pour l&rsquo;abb\u00e9 Br\u00e9mond, critique litt\u00e9raire et historien, le <em>Je <\/em>est l&rsquo;expression de la conscience superficielle alors que le <em>Moi<\/em> est l&rsquo;\u00e2me profonde. Mais ce qui est g\u00e9n\u00e9ralement admis, c&rsquo;est que le <em>Moi<\/em> est du domaine psychologique, il est le si\u00e8ge des sentiments, des passions, des pulsions, il est donc susceptible de changer, il est donc empirique. Le <em>Moi <\/em>est caract\u00e9ristique d&rsquo;une personne. Alors que le <em>Je<\/em> d\u00e9signe la conscience de soi, il ne nous renseigne pas sur le <em>Moi<\/em>, il est une fonction de liaison et de synth\u00e8se de mes repr\u00e9sentations et de mes connaissances. Mais ce <em>Moi<\/em> et ce <em>Je<\/em> sont-ils r\u00e9alit\u00e9 ou fiction verbale\u00a0? Effectivement, le libell\u00e9 pr\u00e9suppose le fait que le <em>Je<\/em> ne change pas malgr\u00e9 le temps qui passe, mais demeure-t-il r\u00e9ellement\u00a0? Cette notion de <em>Je<\/em> n&rsquo;est pas une r\u00e9alit\u00e9 identifiable, elle ne renvoie ni \u00e0 des donn\u00e9es palpables, ni \u00e0 une abstraction. Le <em>Je<\/em> n&rsquo;est-il pas un abus de langage qui cr\u00e9e de faux probl\u00e8mes philosophiques\u00a0? L&rsquo;identit\u00e9 subjective existe-t-elle\u00a0? Qu&rsquo;on en commun un vieillard de 90 ans et le jeune homme qu&rsquo;il \u00e9tait autre fois\u00a0? L&rsquo;identit\u00e9 du <em>Je<\/em> a-t-elle malgr\u00e9 les nombreuses modifications du <em>Moi<\/em>, ou bien est-ce une simple identit\u00e9 grammaticale du pronom \u00ab\u00a0<em>Je<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0? Il semblerait tout de m\u00eame qu&rsquo;il y a bien une identit\u00e9 autre que grammaticale qui subsiste.<\/p>\n<p>O\u00f9 peut-on situer le <em>Je<\/em>, est-il toujours au-del\u00e0 de nos \u00e9tats, de nos sentiments\u00a0? Nulle part\u00a0?<\/p>\n<p>Etudions maintenant, la notion d&rsquo;individu pour nous aider dans notre recherche; c&rsquo;est une entit\u00e9 qui poss\u00e8de une unit\u00e9 (l&rsquo;\u00e9tymologie d&rsquo;individu est <em>individuus<\/em> qui signifie indivisible). L&rsquo;individu ne peut \u00eatre divis\u00e9 sans perdre sa nature : si nous coupons un chat en deux, nous n&rsquo;aurons pas deux chats, mais deux moiti\u00e9s de chat mort, donc z\u00e9ro chat, alors que si l&rsquo;on casse une b\u00fbche en deux, on obtient deux b\u00fbches. Un individu cesse d&rsquo;\u00eatre si l\u2019unit\u00e9 est rompue. Il est possible aussi de penser \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de personne pour enrichir notre \u00e9tude. Le christianisme pr\u00f4ne l&rsquo;immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me. Ceci est fond\u00e9 sur le fait que l&rsquo;identit\u00e9 du sujet persiste au cours du temps malgr\u00e9 les changements qui l\u2019affectent. Mais ceci pose un probl\u00e8me. Qui est ce <em>Moi<\/em> dont toute personne est assur\u00e9e qu&rsquo;il existe\u00a0? Premi\u00e8rement je suis un corps, mais ce corps change et pourtant je reste le m\u00eame. Je suis aussi une certaine personnalit\u00e9, avec un caract\u00e8re qui m&rsquo;est propre, mais ces traits psychologiques changent aussi, et pourtant <em>Je <\/em>suis toujours <em>Moi<\/em>. J&rsquo;ai conscience de mon identit\u00e9. C&rsquo;est certain et insaisissable. D&rsquo;ailleurs Blaise Pascal s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9 ces questions concernant la persistance de <em>Je <\/em>malgr\u00e9 les changements du <em>Moi<\/em>. En effet, il pose la question dans <u>Les Pens\u00e9es<\/u> dans ces termes : \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est ce que le <em>Moi <\/em>? Celui qui aime quelqu&rsquo;un \u00e0 cause sa beaut\u00e9, l\u2019aime-t-il\u00a0? Non car la petite v\u00e9role qui tuera la beaut\u00e9, sans tuer la personne, fera qu&rsquo;il ne l\u2019aimera plus. Et si on m&rsquo;aime pour mon jugement, pour ma m\u00e9moire, m&rsquo;aime-t-on moi ? Non, car je puis perdre ces qualit\u00e9s sans me perdre moi-m\u00eame\u00a0\u00bb. Donc, qui est ce <em>Moi\u00a0<\/em>? Est-il \u00e0 la fois le corps et la personnalit\u00e9, ou bien ni l&rsquo;un ni l\u2019autre\u00a0?<\/p>\n<p>Enfin, \u00e9tudions ce que repr\u00e9sente <em>Je<\/em> envers autrui. Tout d&rsquo;abord, retenons le fait que <em>Je<\/em> m&rsquo;engage, je prends des d\u00e9cisions pour le futur. En effet, le <em>Je<\/em> transcende le temps et l&rsquo;espace, je peux m&rsquo;engager pour : le futur alors que je ne sais pas de quoi il sera fait. Mais ce n&rsquo;est pas tout. Je reconnais mes actes\u00a0; c&rsquo;est ici un probl\u00e8me de responsabilit\u00e9 (du latin <em>respondere<\/em>. qui signifie r\u00e9pondre}, c\u2019est \u00e0 dire que je suis capable de r\u00e9pondre de mes actes.<\/p>\n<p>R\u00e9sumons nous, le <em>Moi <\/em>est psychologique, il est changeant, et il est caract\u00e9ristique d\u2019une personne. Le <em>Je <\/em>effectue un travail de synth\u00e8se, il est un principe de coh\u00e9sion et de coh\u00e9rence. Remarquons aussi que le <em>Je <\/em>n\u2018est pas pr\u00e9sent depuis la naissance, mais d\u00e8s lors que l\u2019enfant dit <em>Je, <\/em>il ne reviendra plus jamais en arri\u00e8re et il a maintenant conscience de lui-m\u00eame, de son <em>Moi<\/em>. C\u2019est d&rsquo;ailleurs ce que souligne Kant dans <u>Anthropologie du point de vue pragmatique<\/u>\u00a0; effectivement, il d\u00e9clare que \u00ab\u00a0lorsqu\u2019il commence \u00e0 dire <em>Je<\/em>, une nouvelle lumi\u00e8re semble en quelque sorte l\u2019\u00e9clairer (\u2026). Auparavant, il se sentait simplement. Maintenant, il se pense\u00a0\u00bb. Donc malgr\u00e9 la diversit\u00e9 de ses pens\u00e9es, chacun peut s&rsquo;en reconna\u00eetre l&rsquo;auteur, et de les juger, car la conscience les accompagne. Enfin le <em>Je <\/em>est capable de transcender le temps et l&rsquo;espace. Nous allons maintenant voir comment ce <em>Je <\/em>peut persister lace aux changement apport\u00e9s par le temps.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>En effet, ce <em>Je <\/em>qui semble persister malgr\u00e9 le temps qui passe, n\u2019est-il qu\u2019un abus de largage, ou y a-t-il bien une identit\u00e9 de la personne\u00a0? Tout d\u2018abord, int\u00e9ressons-nous \u00e0 la phrase suivante : j\u2019ai chang\u00e9. Une phrase simple qui n\u2019est pas probl\u00e9matique, du moins en apparence. D&rsquo;une part, en disant ceci, j\u2019affirme l\u2019\u00e9volution de ma personne et d\u2019autre part, malgr\u00e9 tout, je rapporte tous ces changements \u00e0 la m\u00eame personne, au m\u00eame <em>Je<\/em>. Ceci est paradoxal, si effectivement j\u2019avais enti\u00e8rement chang\u00e9, je ne pourrais pas faire la liaison entre \u00ab\u00a0l\u2019ancien \u00bb et le \u00ab\u00a0nouveau\u00a0\u00bb <em>Moi<\/em>, je ne pourrais pas affirmer la pr\u00e9sence de ce <em>Je <\/em>qui persiste. Le <em>Je <\/em>est conscient des changements du <em>Moi<\/em>, il les enveloppe, il est au-del\u00e0 de ces changements, il les transcende.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u00e9j\u00e0 au niveau de l\u2019organisme que l\u2019on peut d\u00e9couvrir l\u2019unit\u00e9 du <em>Je<\/em>. Effectivement, l\u2019organisme est une unit\u00e9, et il est continu, et nous avons une intuition clair de l\u2019unit\u00e9 fondamentale de notre \u00eatre. Comme nous l\u2019avons vu, un individu est une unit\u00e9, et\u00a0si l\u2019unit\u00e9 est rompue, l\u2019individu cesse d\u2019\u00eatre (rappelons-nous l\u2019histoire du chat coup\u00e9 en deux). Donc, nous avons conscience de l\u2019unit\u00e9 de notre corps. Et cette conscience de l\u2019unit\u00e9 corporelle peut aller m\u00eame au-del\u00e0 de l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du corps, par exemple\u00a0l\u2019unijambiste peut avoir l\u2019impression que sa jambe manquante le gratte\u00a0! Mais cette unit\u00e9 persistante est aussi due \u00e0 la conscience, c\u2019est ce \u00e0 quoi nous allons maintenant nous int\u00e9resser.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, \u00e9tudions le <em>Cogito <\/em>de Descartes. Ce dernier d\u00e9clare dans le <u>Discours de la M\u00e9thode<\/u> qu\u2019en \u00ab remarquant la v\u00e9rit\u00e9 : je pense, donc je suis, \u00e9tait si ferme et si assur\u00e9 que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques n\u2019\u00e9taient pas capables de l\u2019\u00e9branler \u00bb. En essayant de remettre en doute ce principe, on ne fait que le confirmer\u00a0: si je doute, je pense et \u00ab\u00a0je pense, donc je suis\u00a0\u00bb. Descartes r\u00e9ussi \u00e0 sortir du doute gr\u00e2ce au doute. Ce principe nous montre que l\u2019exp\u00e9rience de la pens\u00e9e est la marque absolue de l\u2019existence d&rsquo;un sujet, d\u2019un sujet pensant. Le Cogito affirme l\u2019existence (le <em>Je Suis <\/em>est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 de nombreuses fois dans la suite du discours, apr\u00e8s cette v\u00e9rit\u00e9), et d\u00e9montre que toute personne poss\u00e8de une conscience et peut \u00e0 tout moment la mettre en \u00e9vidence. C\u2019est cette conscience qui permet \u00e0 une personne de garder son identit\u00e9, car c\u2019est justement celle-ci qui se rend compte de ces changements apport\u00e9 par le temps.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le Cogito de Descartes, \u00e9tudions le Cogito kantien. Nous avons vu qu\u2019avec le <em>cogito ergo sum<\/em>, il existait un sujet pensant. Mais le sujet de ce Cogito est-il substance, ou bien une fonction de synth\u00e8se qui ordonne mes repr\u00e9sentations et qui a conscience des changements du Moi\u00a0? Pour Kant, \u00ab\u00a0das <em>Ich Denke <\/em>mu\u00df alle meine Vorstellungen begleiten konnen \u00bb, c\u2019est \u00e0 dire, \u00ab\u00a0le <em>Je Pense <\/em>doit pouvoir accompagner chacune de mes repr\u00e9sentations\u00a0\u00bb (<u>Critique de la raison pure<\/u>). En d\u2019autres termes, la conscience accompagne toujours mes perceptions (odeur, images&#8230;), et ce, m\u00eame si elles n\u2019ont aucun lien logique entre elles. Mais ceci ne signifie nullement qu\u2019il y ait une substance qui soit le support de ce <em>Je<\/em>, que Kant appelle transcendantal. Nous avons parl\u00e9 plusieurs fois de conscience\u00a0; regardons de plus pr\u00e8s de quoi il s\u2019agit. La conscience peut se d\u00e9finir comme la connaissance plus ou moins clair qu\u2019\u00e0 l\u2019homme de ses \u00e9tats, de ses pens\u00e9es, de lui m\u00eame. Donc c\u2019est la conscience qui effectue un travail de synth\u00e8se, qui \u00e9tablit un lien entre toutes les repr\u00e9sentations du <em>Moi<\/em>. D\u2019autre part, le sujet \u00e0 conscience de lui m\u00eame, de ces changements, d\u2019autrui, de l\u2019univers. D\u2019ailleurs, Hubert Reeves d\u00e9clare dans <u>Patience dans l\u2019azure<\/u>, qu\u2019 \u00ab\u00a0\u00e0 travers l\u2019homme, l\u2019univers prend conscience de lui-m\u00eame \u00bb. La conscience est transcendantale, car elle est au-del\u00e0 du <em>Moi<\/em>, d\u2019autrui, et de l\u2019univers.<\/p>\n<p>R\u00e9sumons-nous : le <em>Je <\/em>reste constant face aux changements apport\u00e9s par le temps, et ce, tout d\u2019abord gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de l\u2019organisme, qui ne fait aucun doute. Mais il persiste aussi gr\u00e2ce \u00e0 la conscience que nous avons de nous m\u00eame.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Nous avons pu voir que le temps qui passe transforme tout, et malgr\u00e9 ceci, malgr\u00e9 les modifications du <em>Moi<\/em>, je demeure le m\u00eame. Et ceci essentiellement gr\u00e2ce \u00e0 la conscience. La persistance du <em>Je<\/em> n&rsquo;est donc pas uniquement verbale\u00a0; il ne s\u2019agit donc pas d\u2019un faux probl\u00e8me philosophique fond\u00e9 sur un abus de langage. A. Kojevc d\u00e9clare que \u00ab l\u2019homme est conscience de soi \u00bb. En effet c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 cette conscience que l\u2019homme \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9l\u00e8ve infiniment (&#8230;) au dessus de toutes les autres cr\u00e9atures qui vivent sur terre\u00a0\u00bb (Kant, <u>Anthropologie du point de vue pragmatique<\/u>). C\u2019est \u00e0 cause de cette conscience que nous pouvons effectuer la synth\u00e8se de toutes nos repr\u00e9sentations, que nous pouvons faire la liaison entre ce que nous sommes actuellement et ce que nous \u00e9tions.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Albert Meige, 24 mars 1996, dissertation de philosophie.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">***<br \/>\n*<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a quelques jours, je mettais de l&rsquo;ordre dans le grenier de mes parents et je suis tomb\u00e9 sur le texte ci-dessous. C&rsquo;est une de mes dissertations de philosophie. R\u00e9dig\u00e9e il y a exactement 20 ans, jour pour jour, alors que j&rsquo;avais 17 ans. Le progr\u00e8s est \u00e0 l&rsquo;innovation, ce que le Je est [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":2916,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_et_pb_use_builder":"","_et_pb_old_content":"","_et_gb_content_width":"","_monsterinsights_skip_tracking":false,"_monsterinsights_sitenote_active":false,"_monsterinsights_sitenote_note":"","_monsterinsights_sitenote_category":0,"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[861,927,1135,1306,1371,1627],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2910"}],"collection":[{"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2910"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2910\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/2916"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2910"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2910"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/open-organization.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2910"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}